L'Echo des marmites

L’un des ancêtres de la Presse du front


En affichant la date de sa création, le 7 décembre 1914, L’Écho des marmites s’affirme comme l’un des plus anciens journaux de tranchées. Publié de décembre 1914 à  mai 1918 (sa parution s’arrête au moment de la reprise de la guerre de mouvement), L’Écho des marmites est l’organe du 309e régiment d’infanterie. Il comportera 26 numéros, plus ou moins mensuels. L’indication de « seul quotidien périodique » est purement fantaisiste, la gazette n’ayant jamais été quotidienne, et fait allusion aux aléas de parution.

Chaque numéro comporte de 8 à 12 pages de format 20 sur 27 cm, ce qui est assez rare, la plupart des gazettes se limitant à 4 pages. Son rédacteur Robert Layus (1886-1967), sergent au 309e, est un membre de l’élite parisienne et il a les moyens de faire imprimer son Écho des marmites dans la capitale à 1500 exemplaires ; il en envoie d’ailleurs des numéros au président Poincaré, au grand quartier général, ainsi qu’aux principaux quotidiens parisiens. Le peintre Jules-René Hervé (1887-1981), à la carrière déjà bien remplie dès avant guerre, est un engagé volontaire de 1914 et signe les dessins.


L’écho des bombardements

Le titre évoque les bombardements, la marmite désignant, dans l’argot des combattants, un obus de gros calibre allemand. L’analogie avec le récipient de cuisine de grande taille est évidente dans le dessin de Jules-René Hervé, où elle est figurée comme projectile. Le mot marmite, très utilisé par les poilus, est également décliné en marmiter et marmitage.


Quant au terme d’« écho », s’il fait référence aux titres des journaux de la presse civile, on peut également y voir, au premier degré, l’allusion à l’écho des bombardements dans les tranchées. Cette réalité de première ligne est également mise en scène, dans un esprit fanfaron, dans le dessin de l’en-tête : reconnaissables à leur casque Adrian, les deux poilus français sont goguenards, tandis qu’à gauche, les deux soldats allemands se protègent peureusement des projectiles. Les nez sont noirs, signes à la fois du froid et du pinard.


La détestation de l’embusqué : un thème récurrent des journaux de tranchées

En page intérieure du journal, ce dessin est une illustration de la détestation de l’embusqué. Ce thème récurrent des journaux est caractéristique du sentiment de manque de reconnaissance de ceux qui se trouvent le plus exposés aux dangers et y perdent leur vie.

Le militaire qui se trouve loin du front est particulièrement détesté. La notion de mérite semble conditionnée à la plus grande proximité à la première ligne et donc aux risques. Aussi, les militaires de service et les gradés sont-ils souvent la cible des journaux.


Dans ce dessin, le militaire est représenté avec la croix de guerre - décoration créée en 1915 en reconnaissance des belles actions militaires ou civiles - et avec trois chevrons d’épaule marquant une ancienneté de présence au front de deux ans. Il est néanmoins figuré ici comme un embusqué, profitant d’un prestige et d’une vie facile en comparaison de la situation du poilu dans la tranchée.