Les Chroniques de Froissart

Les Chroniques de Jean Froissart sont un témoignage important sur la Guerre de Cent ans (de 1337 à 1404). Dans la première miniature, Charles IV accueille sa soeur Isabelle d'Angleterre et le futur Edouard III ; le jeune prince lève sa main pour saluer son oncle. Dans la partie gauche, Froissart agenouillé présente au roi d’Angleterre un volume entièrement doré.


Une centaine de manuscrits des Chroniques de Froissart ont été conservés. L’exemplaire bisontin a appartenu à Granvelle de Cantecroy puis à l’abbé Boisot, fondateur de la bibliothèque de Besançon.

 

Il appartient à un groupe de manuscrits enluminés réalisés à Paris pendant le premier quart du XVe siècle pour la cour de France. D'un format identique, ils sont copiés par les mêmes copistes et illustrés presque exclusivement par deux artistes anonymes, connus sous les noms de Maître de Giac et Maître de Boèce.


1340. Un traître chez les Anglais

 

Admis à la cour anglaise, Robert d’Artois, en houppelande et chapeau bleu, incite Édouard III à déclarer la guerre pour reconquérir sa part d'héritage de France.

 

Il fournit de nombreux renseignements sur la cour française au roi anglais (en robe écartelée de France et d'Angleterre) et il participe activement à la guerre, ce qui lui vaut d'être déclaré ennemi du royaume de France.


Bataille navale de l'Ecluse

 

Le 24 juin 1340, lors de la bataille navale de L'Écluse (Sluis en Flandre zélandaise), le roi anglais Édouard III, prétendant à la couronne de France, anéantit la flotte de son rival, le roi de France Philippe VI de Valois, devant l'estuaire du Zwin, près de Bruges.

 

C'est la première bataille importante de la guerre de Cent Ans. L’eau transparente ondule en traits noirs, laissant apparaître la coque des bateaux. L’enlumineur apprécie les compositions symétriques. Les deux armées se font face semblablement : lances horizontales et verticales, voiles blanches…


1345. Auberoche en Périgord

 

La bataille d’Auberoche a lieu le 23 octobre 1345. Bien qu’inférieure en nombre, l’armée anglaise réussit à surprendre à l’heure du dîner les comtes et vicomtes, qui commandent l’armée française et à les faire prisonniers. Les soldats français cessent le combat. Auberoche reste ensuite possession anglaise.

 

Deux bouches à feu (ou bombardes) sont dirigées vers le château d’Auberoche par des soldats à genoux. L’artiste aime faire sortir les bannières et les architectures du cadre de la miniature.

 


1346. Pillage de Caen par les Anglais

 

«Comment le roy d'Angleterre prist Saint Lou en Constanting. Et de ceulx de Kaen qui furent desconfiz et la ville prinse. Et comment le connestable de France et le conte de Tancarville se rendirent prisonniers a un chevalier angloiz.»

 

L'illustration représente le sac de Caen et le massacre de ses bourgeois commis le 26 juillet 1346. Une église brûle et les soldats tuent à coup d'épieux.

 

Le manuscrit de Besançon n'évoque pas l'anecdote de la chute du Roi d'Angleterre lors des ses premiers pas sur le sol français, alors qu'elle est représentée dans le manuscrit de la BnF (sur Gallica).


Les Ecossais

 

Bataille de Neville's Cross entre Ecossais et Anglais, menés par la reine Philippa de Hainaut (1346)

 

« Comment les Anglois et les Escocs (écossais) se combatirent, et des Escocs qui furent desconfis et leur roy pris. Et du siege de Calais ».

 

La reine guerrière porte une robe aux armes de France et d'Angleterre et de son doigt, engage les soldats dans la bataille. Les armures des soldats sont systématiquement blanches argentées, selon la manière du maître de Giac qui a illustré ce premier volume. Cet artiste est sans doute originaire de Troyes, il vit un temps à Paris avant de s’installer en Anjou.


1347. Les bourgeois de Calais

 

Les bourgeois de Calais viennent en chemise donner les clés de la ville à Edouard III, et lui tiennent ce discours pour éviter un massacre:

 

«Gentilz sires et gentil roy, véez nous cy six qui avons été d’ancesserie bourgois de Calais et grands marchans ; si vous apportons les clefs de la ville de Calais et du chastel aussi, et les vous rendons à votre plaisir, et tous nous mettons en tel point que vous nous voiez en votre voulenté, pour sauver le demourant du peuple de Calais, qui souffert a moult de griefs. Si vueilliez avoir de nous pitié par vostre très haulte noblesse ».


1350. Funérailles de Philippe VI de Valois

 

« Comment le roy Phelippe de France trespassa a Nogent le Roy et comment Jehan son fils fut couronne a Reins. Du conte de Guines qui fut décapité a Paris. Et comment Saint Jehan d'Angeli fut recouvré par les Francois. Et aussi des nobles chevalliers francois qui moururent en Bretaigne. Et du duc de Lencastre qui se voult combatre a Paris ».

 

Le drap fleurdelisé est entouré de cierges et de pleurants en robes noires, semblables aux pleurants du tombeau du Duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, à Dijon.


1378. Rencontre de Windsor

 

« Des alliances que le roy de Navarre fist au roy d'Angleterre et comment le roy de France estoit garny de gens d'armes en plusieurs lieux. »

 

Les rois se rencontrent dans leurs manteaux armoiriés, entourés de leurs conseillés. La scène rappelle la rencontre de 1360 (f°235).


1379. Deuxième partie des Chroniques

 

«Ci commencent les rubriches du second volume des Croniques de sire Jehan Froissart. Premierement ce livre contient les nouvelles guerres de France, d’Angleterre, d’Escoce, d’Espaigne, de Flandres et d’Ytalie, et de plusieurs aultres parties du monde (f. I). Comment le messagier du roy Charles de France fut empeschié de son voyage en Escoce, et le contempt qui vint entre le roy et le conte de Flandres et aultres de son païs (f. II). Comment le duc de Bretaigne se tint par long temps en Flandres, et comment il partist du conte son cousin, et du conte de Sallebery qui lui vint au devant a Gravellines et passerent tout oultre (f. V). »

 

L’arrivée à Gravelines est illustrée au folio V : par gros temps, le ciel et la mer se confondent dans une même couleur laiteuse.

 

On peut aussi comparer ces scènes avec les enluminures du manuscrit de la BnF (sur Gallica), qui sont du Maître de Giac.


1379-1381. Siège de Nantes par les Anglais menés par le duc de Buckingham

 

« Des empeschemens que le duc de Bretaigne avoit lors, pourquoy il ne povoit venir au siege de Nantes, et des escarmousches qui la se faysoient. »

 

Le maître de Boèce est l'enlumineur du second volume de Besançon, il est un collaborateur régulier du maître de Giac, l'enlumineur du premier volume.

 

Les armures sont bleues, les surcots verts ou orangés. Les tentes de guerre dans lesquelles l'armée se cache paraissent bien fragiles face aux murs de la ville.


1385. Rencontre entre la duchesse de Brabant et Isabelle de Bavière

 

« Comment la duchesce de Braibant rescripsi au duc Fedris du mariaige du jeune roy de France et de sa niepce damoiselle Ysabel de Baiviere et comment le dit duc Fedris et la ditte damoyselle vindrent a Bruxelles et de la au Quesnoy le Conte en Haynault. »

 

La duchesse de Bavière en robe verte salue la duchesse de Brabant qui est venue l'accueillir et la préparer à devenir reine de France.

 


1388-1389. Froissart et Gaston Fébus

 

Froissart en vert prend congé du comte Guy de Blois. A gauche, il est accueilli par Gaston Fébus, comte de Foix et vicomte de Béarn ; Gaston Fébus en cape bleue doublé d'hermine assiste à un combat d'entraînement.

 

«Comment sire Jehan Froissart enqueroit diligemment comment les guerres s'estoient portées par toutes les parties de France.»


Bibliographie

 

Etude sur le Froissart de Saint-Vincent de Besançon par Edouard Castan (1865)

Consulter les différents articles de Peter Ainsworth et son édition des Chroniques ; en particulier "Les chroniques de Froissart", dans Art de l’enluminure, n°31, 2009 (cote BM Etude Per 2614)