La famille Carondelet

Marguerite de Chassey

Originaire de Bresse, cette famille s’installe à Dole, ancienne capitale de la Franche-Comté avant de migrer définitivement à Malines aux Pays-Bas (actuelle Belgique). Aux XVe et XVIe siècles, cette dynastie donne plusieurs prélats et dignitaires proches des ducs-comtes de Bourgogne puis de leurs successeurs, les Habsbourg. C’est le cas de Jean I, mais surtout de ses fils Jean II et Ferry nés de son union avec Marguerite de Chassey.


Fille de Hugues de Chassey et d’Alix de Chicerey (ou Chisseret), elle est née à une date encore inconnue. En 1466, elle épouse Jean I Carondelet (Dole, 1428 – Malines, 1501), président du parlement de Malines de 1473 à 1477, puis chancelier des Flandres et de Bourgogne au service de la duchesse Marie et de son époux Maximilien de Habsbourg. Elle meurt en 1511.

 

Son portrait, conservé au musée du Temps, la présente à mi-corps et de trois quarts devant un fond vert orné d’armoiries. Elle est vêtue d’une houppelande noire, serrée à la ceinture et agrémentée de fourrure. La tête couverte d’une coiffe noire doublée d’un voile blanc, elle tient probablement dans ses mains la chaîne d’une pomme de senteur en or, un bijou destiné à contenir des produits aromatiques secs choisis pour leurs pouvoirs médicinaux et protecteurs.


Jean II Carondelet

Né à Dole en 1469, il y étudie le droit canonique et le droit romain. À l’âge de dix ans, il obtient de son père le canonicat de la cathédrale de Cambrai. En 1493, il est nommé doyen de la cathédrale Saint-Etienne de Besançon et accède en 1497 aux fonctions de conseiller et maître des requêtes du duc Philippe le Beau. En 1504, il devient troisième conseiller ecclésiastique du Grand conseil de Malines.

 

En 1508, il entre au Conseil Secret dont il assume la présidence de 1531 à 1540. Entre 1517 et 1519, il accompagna Charles Quint en Espagne. Archevêque de Palerme et primat de Sicile en 1519, île sur laquelle il ne s’est jamais rendu, il accède en 1520 au rang de chancelier de Flandre et se rapproche de Marguerite d’Autriche, régente des Pays-Bas. À la mort de Ferry en 1528, il hérite du titre d’abbé commendataire de l’abbaye de Montbenoît. Il meurt à Malines en 1545. Sa tombe est conservée dans la cathédrale de Bruges.


Homme de pouvoir, mais également grand mécène, Jean noue des amitiés avec le peintre Holbein. Il passe également commande auprès d’artistes, comme Van Scorel, Van Orley, Barthel Bruyn ou encore Jan Gossaert dit Mabuse qui réalise vers 1514 un portrait de Jean II (Toledo Museum of Art, Toledo, Ohio) dont une copie appartient au Musée du Temps.

 

L’artiste a représenté Jean II, habillé d’une toque noire et d’une houppelande noire doublée de fourrure, en buste de trois quarts, la main gauche posée sur la droite.

 


Il est placé dans un encadrement architectural sur lequel il est inscrit: « REPRESENTATION / DE. MESSIR. JEHAN./ CARONDELET. HAULT. DOYEN./ DE. BESANCON. EN. SON. EAGE. DE. 45 ANS./ FAIT. L'AN /1514 ». L’inscription est répétée sur le ruban ajouté postérieurement dans la partie supérieure. Le même artiste réalise en 1517, un diptyque conservé au Louvre.


En outre, ami et protecteur d’Erasme, ce dernier lui dédie son édition des Oeuvres de saint-Hilaire en 1523. Jean II fait également ériger dans un goût moderne les tombeaux de ses parents, dont la structure reprend celle d’un arc de triomphe, à la Collégiale de Dole et de Ferry, désormais à la cathédrale Saint-Jean de Besançon.


Ferry Carondelet

Né en 1473 à Malines, tout comme son frère, il fait des études de droit à Dole. Il est élu chanoine puis grand archidiacre de la cathédrale Saint-Etienne de Besançon en 1504. Dès 1508, il occupe la fonction de maître des requêtes aux Pays-Bas. Proche conseiller de Marguerite d’Autriche, il est envoyé à Rome comme procureur et solliciteur de l’empereur Maximilien Ier et de son petit-fils Charles Quint auprès du pape Jules II.

 

En 1515, il devient abbé commendataire de l’abbaye de Montbenoît, où il meurt en 1528. Il est inhumé à la cathédrale Saint-Etienne de Besançon puis transféré à la cathédrale Saint-Jean de Besançon.

 


À Rome, il côtoie des artistes de renom dont Raphaël ou Sebastiano del Piombo qui peint son portrait vers 1512 (musée Thyssen-Bornemisza à Madrid). Une copie de bonne facture fait partie des collections du Musée du Temps. On y voit, Ferry Carondelet installé dans un intérieur palatial dont le portique, orné de colonnes corinthiennes s’ouvre sur un paysage. Derrière lui, un fronton triangulaire porte sa devise : « NOSCE OPORTU[NITATE] M ».


Accompagné d’un secrétaire rédigeant un texte sous sa dictée, Carondelet tient dans la main gauche une lettre, peut-être délivrée par le messager placé derrière lui. Sur la missive, il est possible de lire : « HONORABILJ DEVOTO NO / BIS DILECTO / FERRICO CA / RODELET ARCHIDIACONO / BISONTINO CONSILIARIO / ET COMISSARIO NRO / IN URBE ». Cette inscription rappelle son titre d’archidiacre de Besançon et ses fonctions diplomatiques à Rome.


Il est à l’origine des travaux de reconstruction et d’embellissement de l’abbaye de Montbenoît. De plus, amateur d’art, il met à profit ses voyages en Italie et ses contacts. Ainsi, en 1511, il commande aux Florentins Fra Bartolomeo et Mariotto Albertinelli un tableau d’autel destiné à la chapelle familiale à la cathédrale Saint-Etienne (Vierge aux saints exposée à la cathédrale Saint-Jean).


Les œuvres qu’ont laissées les Carondelet sont des témoignages de leur goût raffiné et de leur culture. Moins connus que les Granvelle, ils figurent pourtant, notamment Ferry, parmi les premiers grands collectionneurs et mécènes comtois faisant entrer la Franche-Comté dans l’Europe de la Renaissance.