Charges et souvenirs d'un amateur éclairé

caricature de Jules Lunteschutz (1843)

Alexandre Bertrand (1814-1878)​

 

Les albums de dessins d'Alexandre Bertrand sont remplis d'anecdotes et de croquis savoureux qui balayent la seconde moitié du XIXe siècle.​

 

Il est formé à Besançon au lycée, par l'artiste-peintre Charles-Antoine Flajoulot (1774-1840), comme Courbet et Pasteur. Mais il n'a pas vécu de son oeuvre picturale. Son père meurt en 1836, il a vingt-deux ans. Il devient finalement agent principal des assurances-vie l'Union à Besançon. Ses albums sont donnés après son décès, par sa veuve Julie Bertrand en 1901, selon les Annales Francs comtoises​.

Charges (1843)

portrait de Alexandre Bertrand par Jules Lunteschutz (1843)

Dans le journal de Charles Weiss (Ms 1753), bibliothécaire :

 

- septembre 1839. "Un jeune artiste de Besançon, Alexandre Bertrand, s’est avisé de publier un album lithographique destiné à reproduire les traits des célébrités de nos rues. On verra si ce projet réussit".


A Bertrand caricaturé par lui même

- mars 1842. A propos du décès de l’abbé Oudet, « On voit dans l’atelier de Girod, une lithographie qui le représente sur son lit de mort mais cette lithographie due au crayon de Bertrand qui n’avait produit jusqu’ici que des caricatures, est très mauvaise. »

 

- décembre 1842. Weiss évoque le poème de M Agnant, Guzman illustré par des lithographies de A. Bertrand.

 

La bibliothèque conserve "Charges" en quatre albums, ce sont des caricatures de personnalités locales de Besançon (1843). Ces albums n'ont probablement pas été lithographiés.

 

[A lire] Le Journal de Charles Weiss ; établissement du texte, introduction et notes de Suzanne Lepin​, Paris : Les Belles lettres, 1997 (25-Besançon : Impr. Faculté des Lettres),​ BM 328283.


Souvenir d’un voyage dans le midi de la France (1854)

En 1854, Alexandre Bertrand accompagne un ami à Marseille. Il visite alors Lyon et le Musée des Beaux-Arts dont il connaît les toiles, depuis 1843. A Marseille, il retrouve des toiles vues aux expositions de Paris. Il raconte le port, les monuments et les curiosités de la ville. Il visite Toulon, Nîmes, Avignon, Arles, Vienne, Valence, Montélimar et il conclut son voyage à la façon de Joachim du Bellay : « Je n'ai jamais trouvé la Comté aussi belle et aussi riche, Besançon aussi curieux, ma chambre aussi confortable.»


Croquis de voyage à Alger et à Barcelone (1857)

Invité par un ami à Alger, A. Bertrand part en train, il passe par Lyon et Marseille. Puis il traverse la Méditerranée à bord d’un bateau à hélice, l’Avenir. Il découvre le mal de mer. Enchanté par l’exotisme d'Alger, ville « des mille et une nuit », il la décrit et la dessine longuement ainsi que les cadeaux achetés dans le bazar. Les ambiances orientales rappellent les tableaux de Delacroix. Au retour, il découvre Montpellier et Perpignan. Il traverse les Pyrénées pour se rendre à Barcelone. La bibliographie permet de comprendre le travail de Bertrand. Ces cahiers sont un travail abouti, d’après esquisses de voyage et copie d’estampes.


Barbisier à l'Exposition universelle de Besançon (1860)

L'exposition universelle a lieu à Besançon en 1860. Bertrand s'associe avec un imprimeur pour publier ses dessins. Malheureusement pour lui, il s'agit d'une mauvaise association et son travail n'est pas publié sous la forme qu'il souhaitait. Il raconte ses déboires dans son manuscrit.


Course sur les bords du Rhin (1861)

Montbéliard

Le voyage en Allemagne est intéressant pour la rencontre de A. Bertrand avec son camarade Jules Lunteschutz, artiste-peintre né à Besançon et caricaturé en 1843. J. Lunteschutz vit alors à Francfort. Dans cet album, il est question du portrait d’un vieux philosophe, probablement Schopenhauer, oeuvre la plus connue de Jules Lunteschutz. Son ami est l’un des seuls qui n’est pas anonyme dans son récit. Ils visitent ensemble différents ateliers.


Dusseldörf

A. Bertrand raconte « Nous avons rencontré le père de la Reine d’Autriche et de la Reine de Naples. Il est logé place de Goethe et s’occupe de photographie. » Il s’agit du père de l'impératrice d'Autriche Sissi, Maximilien, Duc en Bavière. A Metz, il visite une exposition où les bisontins Gigoux et Lunteschutz sont exposés et joint à l'album, les cartes des hôtels et programmes de théâtre et de concert.

Le nom d'Alexandre Bertrand apparaît dans le catalogue de la deuxième exposition de la Société des amis des Beaux-Arts de Besançon. Il est alors membre de la commission administrative de la société.


Deux saisons à Vichy (1868-1869)

Alexandre Bertrand perd sa mère en 1862 et épouse une veuve Françoise Julie Martin en 1863. Les témoins sont Nestor Bavoux et Charles Leyritz. Son frère Aimé, Docteur, se marie en 1866. Voici les deux frères célibataires installés.

 

Napoléon III lance la mode des cures à Vichy entre 1861 et 1864. A. Bertrand raconte ses bains et promenades à Vichy, il note son poids, sa correspondance, ses emplettes et les cadeaux achetés pour les amis et son frère Aimé. En 1869, Aimé et son épouse les accompagnent pour leur cure.


Aix en septembre 1872

La sortie de la gare d'Aix est laborieuse avec tous les représentants des hôtels qui sollicitent les voyageurs. Il remarque tous les dessinateurs, photographes et peintres en ville et note la présence de bisontins ou de personnalités célèbres, comme le Duc d'Aumale. Il quitte Aix le 23 septembre pour Chambéry, puis Annecy.


Alexandre Bertrand note « Nous n’avons que des vêtements légers, Julie est obligée d’acheter des bottines». Le séjour se termine à Lyon pour visiter l'exposition. L'album est enrichi de la brochure "Quinze jours à Aix-les-Bains" par Th. Bruand d'Uzelle (Besançon : Dodivers, 1860) donné par son auteur et qui a certainement aidé à organiser ce séjour. La famille Bertrand retournera ensuite, tous les étés à Vichy.


Vichy (1871-1877)

La première partie de l'album concerne la maison de Canot, chez les parents de Julie. Le couple part à Vichy en 1871, puis de nouveau en 1873, avec Maria la domestique. Celle-ci prend des douches, en est indisposée et doit rester au lit. Alexandre Bertrand note une rencontre en 1874 avec le peintre Henri Baron. Cette année là, le couple rencontre des problèmes pour engager une domestique. A. Bertrand croque le peintre Ernest Meissonnier, artiste peintre, spécialiste de la peinture d'histoire militaire, en 1876.

On trouve dans Gallica une brochure L'"Union" Compagnie d'assurances sur la vie, Instructions à Messieurs les agents principaux, de 1866. A Bertrand avait certainement reçu ces instructions.


Souvenirs (1864-1878)

De 1864 à 1878, l'artiste consigne ses souvenirs, les sinistres et les décès, dont il a connaissance grâce à son métier d'assureur. Il cesse son activité en 1872. Les albums de souvenirs résument quatorze ans de vie bisontine et complètent les charges de 1843. En effet, les caricatures anonymes mentionnaient les dates de naissance et de décès. Uneliste des décès connus de 1864 à 1875, dans les souvenirs permet de retrouver les noms des portraits. Alexandre Bertrand décède le 3 décembre 1878. Son acte de décès le mentionne comme propriétaire. Le décès de son frère Aimé est annoncé le 4 décembre 1878.

 

Cet artiste facétieux était méticuleux et organisé comme un assureur. Il laisse une oeuvre singulière, un beau témoignage de la vie sous le second Empire.


Dans l'album souvenir de 1866, une photographie étonnante du théatre de Ledoux. La focale de l'objectif du photographe rappelle l'oeil de Ledoux. Nous remercions Bernard Jacquet de nous avoir aidé à confirmer cette jolie découverte.


Une heure un livre 2017

Retrouvez deux séries de tweets sur les albums de Bertrand, dans le cadre de Patrimoines écrits en Bourgogne Franche-Comté​ en 2017 :