Monnaies antiques

D : DOMITIA AVG IMP DOMITIAN AVG GERM

Parmi les 500000 documents de la bibliothèque se trouve une collection numismatique importante, composée d’environ 18 000 monnaies dont 14 000 antiques. Ces « médailles » antiques proviennent presque exclusivement de legs et de dons, réalisés entre la fin du XVIIème siècle et le milieu du XIXème siècle. « Médaille » est le terme utilisé par les spécialistes et les collectionneurs, de la Renaissance au XIXème siècle, pour désigner les monnaies. 

 


R : CONCORDIA AVGVSTI

​​Il s’agit majoritairement de monnaies romaines, impériales, et en bronze, avec une part non négligeable de monnaies en argent. Ainsi, pour les monnaies frappées durant les deux premiers siècles de notre ère, nous avons environ 80% de monnaies en bronze et un peu plus de 19% de monnaies en argent, le pourcentage restant étant représenté par quelques monnaies en or.​

 

 

Monnaie en or (aureus) frappée sous Domitien, représentant au droit le portrait de Domitia, la femme de l’empereur. Au revers, un paon, animal symbolique de la déesse Junon.​

Référence : Roman Imperial Coinage vol. II, p. 80, n° 215.​


Le legs Jean-Baptiste Boisot

Buste de l’abbé Boisot (salle de lecture)

Ce fonds numismatique a pour origine le legs de Jean-Baptiste Boisot, abbé de Saint Vincent, mort en 1694, qui légua aux bénédictins de son établissement la totalité de ses collections : livres, manuscrits, peintures, bustes, antiques et médailles (antiques et modernes), dont une part considérable provenait des collections du cardinal de Granvelle. Jean-Baptiste Boisot, dans son testament, demanda que cet ensemble soit conservé dans son intégralité et soit disposé dans une salle de l’abbaye, ouverte pour le grand public à des jours et horaires réguliers. 


Ainsi naquit la Bibliothèque publique de Saint-Vincent, une des premières bibliothèques publiques de France et ancêtre de l’actuelle Bibliothèque d’étude et de conservation. L’inventaire après-décès des collections Boisot, réalisé en 1695, nous informe de l’existence de deux médailliers, le premier abritant les monnaies et médailles modernes, le second les monnaies antiques. Ces dernières, environ 1 800 (auxquelles s’ajoutent des monnaies non comptabilisées), restent décrites de manière succincte, nous empêchant d’identifier les monnaies provenant du fonds Boisot. Des rapprochements restent néanmoins toujours possibles à l’exemple des « quatorze Colonia Nemosus » mentionnées au feuillet f. 228 v° de l’inventaire Boisot, qui ne peuvent que faire référence à la célèbre monnaie au crocodile émise par la cité de Nîmes entre 20 avant J.-C. et 14 après​​


La Révolution

As de Nîmes, exemplaire frappé entre 10 avant J.-C. et 10 après.

Le XVIIIème siècle est avare en dons : l’inventaire réalisé à l’abbaye Saint-Vincent en 1762 n’évoque aucune nouvelle entrée et il faut attendre la fin du xviiième siècle pour observer un accroissement de la collection. Durant la Révolution, la suppression des différentes communautés religieuses de Besançon eut pour conséquence la réunion de leurs bibliothèques et de leurs collections en un même ensemble, conservé dans un dépôt littéraire, situé dans la maison des Grands Carmes, au coin des actuelles Grande Rue et rue de la Préfecture.​


En 1801, nous avions au total plus de 8 500 monnaies conservées au dépôt littéraire des Carmes, dont 2 353 provenaient de la collection de Saint-Vincent, le reste étant issu de dons ainsi que des confiscations révolutionnaires. La fin des dépôts littéraires en 1803 aboutit généralement à leur transformation en bibliothèque municipale. A Besançon, le médaillier ainsi constitué trouva sa place dans la nouvelle Bibliothèque Municipale, dont la première pierre fut posée en 1808 (et le premier bâtiment achevé en 1818). Elle s’installa dans l’actuelle rue de la Bibliothèque, en lieu et place des bâtiments habités avant la Révolution par les Pères de l’Oratoire, qui desservaient l’église Saint-Maurice. Nous savons également, qu’en 1811, le médaillier ne comptait plus qu’environ 4200 monnaies, parmi lesquelles 3558 monnaies romaines. Un nombre inférieur à celui fourni par l'inventaire de 1801, mais qui marque malgré tout un accroissement du legs initial de l’abbé Boisot.​


Le legs Pierre-Adrien Pâris

D : C CAESAR DICTATOR

Dans le courant du XIXème siècle, les legs se multiplient : Pierre-Adrien Pâris (1745-1819), Jean-Jacques Bruand (1769-1826), Joseph Bruand (1787-1820) et enfin Charles Weiss (1779-1866) vont contribuer à l’accroissement du médaillier, avec un apport total d’environ 11 000 monnaies, antiques et modernes confondues.​ Pierre-Adrien Pâris, dessinateur du Roi, architecte et collectionneur, légua à la Municipalité de Besançon, à sa mort en 1819, ses dessins, manuscrits, livres ainsi que son cabinet d’antiquités et ses médailles. Cet ensemble nous est connu grâce à deux catalogues : le premier réalisé par Pâris lui-même avant sa mort, le second par le conservateur de la Bibliothèque Charles Weiss en 1821. ​


R : VENI VIDI VICI

Son médaillier était composé d’environ 1 332 dont 1 038 antiques. Les monnaies romaines impériales, en bronze, sont majoritaires et couvrent de manière assez complète les cinq siècles d’existence de l’Empire romain d’Occident. Trop complet sans doute, car les faux ne manquent pas, à l’exemple de cette fausse monnaie de César, dont le revers porte sa célèbre phrase « Veni, vidi, vici ». Il ne faut pas pour autant y voir une preuve de l’ignorance de Pâris : les copies de monnaies antiques sont très courantes depuis la Renaissance et sont souvent utilisées par les collectionneurs afin de compléter une « suite » de monnaies et de montrer l’étendue de leur érudition.​

 

Fausse monnaie de César en bronze. Ce type n’a jamais existé durant l’Antiquité et n’est que pure invention de l’époque moderne.​


La collection Jean-Jacques Bruand

Sesterce de Néron, frappé entre 64 et 66 après J.-C. à l’atelier de Lyon.

Jean-Jacques Bruand, homme politique et homme d’affaires bisontin, marqua la vie bisontine des années 1820, non pour l’importante collection qu’il légua à la Municipalité de Besançon, mais pour ce qui fut qualifié d’ « affaire Bruand », soit la mort de son fils en 1826, dont il fut accusé plus ou moins directement et son suicide qui suivit. Avant sa mort, Jean-Jacques Bruand avait émis le souhait de céder ses collections à la Ville, non seulement ses monnaies mais aussi ses ouvrages, ses manuscrits et ses antiquités (le total étant estimé à 15 000 francs) en échange d’une bourse annuelle. Cette bourse était destinée à aider un jeune homme méritant né dans le Doubs à préparer le concours du prix de Rome. ​


Jean-Jacques Bruand demanda également à être nommé adjoint au bibliothécaire de la ville (Charles Weiss), sans traitement mais en bénéficiant d’un logement dans les combles de la Bibliothèque. La Municipalité refusa le don sous cette forme, mais fit malgré tout l’acquisition de l’ensemble de la collection à la mort de Bruand, pour une somme de 8000 francs, refusant de voir quitter la ville un ensemble d’une telle importance.

Plus de 4500 monnaies antiques, soit l’apport le plus important de l’histoire du médaillier de la Bibliothèque, vinrent s’ajouter au fonds déjà présent. A l’instar des collections de ses prédécesseurs, les monnaies romaines impériales en bronze dominent l’ensemble, mais Jean-Jacques Bruand est le seul à avoir réalisé un catalogue autographe de sa collection de monnaies antiques, assez précis pour nous permettre d’identifier quelles monnaies lui appartenaient.

 


La collection Joseph Bruand

Denier d’Auguste, frappé à l’atelier de Lyon.

Joseph Bruand semble avoir été quelque peu éclipsé par son homonyne Jean-Jacques Bruand, et il en est de même pour sa collection numismatique, réduite si nous la comparons aux apports précédents. Si nous avons des difficultés à retrouver la trace de son testament, nous savons qu’à sa mort en 1820, sa veuve, sans ressources, chercha à revendre la collection de son défunt mari composée de 233 monnaies romaines en bronze et de 63 monnaies en argent, romaines également, auxquelles s’ajoutent plusieurs dizaines de monnaies diverses (modernes mais aussi gauloises). ​


Au revers, les deux petit-fils d’Auguste, Gaius et Lucius.

Pour cela, elle chercha l’appui de Charles Weiss, conservateur de la Bibliothèque ainsi qu’ami et correspondant de Joseph. Grâce à un document, traitant des dépenses extraordinaires de la ville de Besançon pour l’année 1823 et conservé dans les archives municipales, nous savons que la Municipalité racheta effectivement cette collection, qui vint rejoindre le fonds déjà existant.​


La collection Charles Weiss

Charles Weiss par Jean Petit

Le dernier apport d’importance fut celui de Charles Weiss, conservateur de la Bibliothèque Municipale de 1811 à 1866. C’est également l’apport le moins documenté puisqu’aucun testament n’a été retrouvé à l’heure actuelle et qu’il ne nous reste que quelques bribes de documentation dans les archives de la Bibliothèque. Nous savons ainsi, par l’intermédiaire de la correspondance de son exécuteur testamentaire, conservée dans les archives municipales, que Charles Weiss légua à la Bibliothèque 1481 médailles, ainsi que des manuscrits, des ouvrages imprimés et sa correspondance. Malheureusement, il est impossible dans l’état actuel de nos connaissances de déterminer la composition exacte de ce médaillier.​


Dans les années suivantes, les entrées restèrent isolées et concernèrent majoritairement des monnaies modernes et contemporaines. Avec la création du Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie, en 1849, les monnaies découvertes lors de fouilles réalisées à Besançon partirent logiquement vers le nouveau musée. Les objets d’art et d’archéologie, arrivés à la Bibliothèque avec les legs Boisot, Bruand et Pâris, y furent également déplacés. En 1874, une délibération prévoyait de transférer également le médaillier, mais en raison de l’opposition farouche de Castan, conservateur de la Bibliothèque Municipale depuis 1866, l’ensemble des monnaies demeura à la Bibliothèque et fut conservé dans un médaillier en bois à plateaux, où il se trouve toujours à l’heure actuelle.​


Florent Potier

Institut des Sciences ​et Techniques de l’Antiquité (ISTA EA 4011)

Université de Bourgogne Franche-Comté