Les journées du patrimoine 2020 : « Patrimoine et éducation »

Si vous n’avez pas pu venir visiter la bibliothèque pour les journées du patrimoine, ou si vous êtes venu et souhaitez revoir les documents exposés, voici un petit récapitulatif des manuscrits et livres présentés à cette occasion.

Ces documents couvrent divers domaines de la connaissance – la géographie, l’art oratoire, le droit, la médecine – ainsi que diverses périodes – du XIe siècle au XIXe siècle – et mettent en valeur des enrichissements de la bibliothèque à des moments clés de son histoire.


Donat (320-380 environ). Ars grammatica, première moitié du XIe siècle

Cote : Ms 510

La grammaire de Donat (grammairien qui vécut à Rome au IVe siècle) est le document le plus ancien présenté cette année. Cet Ars grammatica est un traité de grammaire latine en trois livres, précédé d'une introduction consistant en une présentation abrégée des catégories de mots. Il s’agit ici d’une copie de la première moitié du XIe siècle.

Dans l'Antiquité tardive ou au Moyen âge, le traité a été divisé en "Ars minor", comprenant l'introduction et destiné à des débutants (sous forme de questions-réponses) et en "Ars major", les trois livres suivants, destinés à un public averti. Ce manuscrit contient les trois livres de l’ars major, agrémentés de nombreuses annotations.


Avicenne. Canon de la médecine, première moitié du XIIIe siècle

Cote : Ms 457

Un autre manuscrit présenté est le Canon de la médecine, d’Avicenne, un médecin et scientifique persan du XIe siècle. Son livre Le Canon (le terme vient de l'arabe qanun, c’est-à-dire le droit, la justice) est l'ouvrage fondamental de l'enseignement de la médecine jusqu'au XVIe siècle. Il complète les connaissances de Galien (IIe siècle). Il est divisé en 5 livres, eux-mêmes divisés en chapitres. C’est une véritable encyclopédie.

L’ouvrage est traduit de l’arabe au latin par Gérard de Crémone au XIIe siècle et le manuscrit de la bibliothèque de Besançon date du début du XIIIe siècle. Il a appartenu à la famille de Granvelle.

De nombreuses pathologies sont représentées dans ce manuscrit richement enluminé et des soins particuliers sont proposés, comme pour l’allaitement, le mal de mer ou la vieillesse.  


Traités philosophiques et moraux, 1372

Cote : Ms 434

Le roi de France Charles V fait copier en 1372 un recueil de traités moraux à l’usage des princes. Jusqu’en 1414, le volume figure sur tous les inventaires de la librairie du Louvre, puis iI en disparaît en 1424. Il réapparaît dans les collections des Granvelle, avant d’être intégré aux collections de Boisot et d’arriver, à la Révolution, à la bibliothèque de Besançon.

Le manuscrit se compose de neuf traités philosophiques et moraux, parmi lesquels : L’Enseignement des princes de Guillaume Perrault ; Le Gouvernement des princes de Gilles de Rome ; Le Jeu des échecs moralisés de Jacques de Cessoles ;  La Consolation de la philosophie de Boèce ; Les Fables d'Esope…

Le manuscrit de Besançon est le seul à regrouper ces neuf textes, il propose un éclairage original sur la question du gouvernement idéal.

Le manuscrit est enluminé de 49 enluminures, issues de l’atelier royal. Plusieurs artistes ont collaboré à l’illustration du volume (5 mains ont été identifiées). C’est un des trésors de la bibliothèque municipale de Besançon.


Christine de Pisan. Le livre du Corps de policie, début du XVe siècle (vers 1406-1407)

Cote : Ms 423

Le Livre du corps de policie, écrit pour le dauphin Louis de Guyenne en 1406-1407, appartient à la tradition d'écrits didactiques des "miroirs du prince", sortes de traités pédagogiques ou de manuels de gouvernement, dans lesquels l’auteur donne en modèle au futur roi une image du prince parfait. Ce traité est le premier à être écrit par une femme.

Christine de Pisan utilise l’image du corps politique courante à l’époque : le roi est la tête, les chevaliers et les nobles sont les bras et les mains, et le peuple les jambes et les pieds.

Pour l’éducation du prince, elle insiste sur le comportement et les vertus, davantage que sur les études (latin et logique sont seuls mentionnés). Le maître est un miroir et doit amener l’enfant à suivre de bonnes mœurs. Il faut avant tout former un caractère.


De arte geographia, fin du XVIe siècle

Cote : Ms 656

Ce traité sur l’art géographique – De Arte geographia – a servi à l'enseignement dans un collège de Franche-Comté, vraisemblablement dans celui de Vesoul, à la fin du XVIe siècle. Il est divisé en deux livres, le premier traitant de la cosmographie, le second de la description de la terre. Cette copie manuscrite est reliée à la suite d'un exemplaire du poème géographique de Denys le Périégète, Voyage autour du monde habitable, imprimé et édité à Dole par Antoine Dominique, en 1591, et le manuscrit en est le commentaire.

Ce poème de Denys le Périégète (écrivain grec du IIe siècle) a souvent servi de livre d’enseignement.

En guise de titre, l'étudiant qui avait écrit ces textes a renfermé dans un cercle l'inscription dont voici les termes (fol. 1) : « ANTONIVS | BESANCENOTVS | VESVLANVS | Rhetoricae classis | auditor | scribebat anno | 1592. »


Alphabet ingénieux, historique et amusant, pour les jeunes enfans ; avec figures. Seconde édition, revue, corrigée & augmentée, notamment d'un petit dictionnaire des mots homonymes selon les règles de la prosodie françoise, 1774

Cet ouvrage a été composé pour l'éducation de Louis-Philippe d'Orléans, duc de Montpensier (Philippe-Égalité) en 1748, père du futur roi Louis-Philippe Ier. Il est illustré de gravures sur bois et les encadrements des textes sont rehaussés de couleurs. Les mots utilisés pour apprendre chaque lettre sont symptomatiques de l’époque – certains nous apparaissent comme désuets ou très compliqués pour de jeunes enfants, notamment ceux liés à la religion.   
Cet ouvrage porte une reliure du XVIIIe siècle, aux armes d'Antoine de Sartine, directeur de la Librairie, lieutenant de police puis Ministre de la Marine sous Louis XVI.


Nicolas François Rougnon. Correspondance avec Félix Vicq d’Azyr, [1782-1788]

Cote : Ms Z 635

Rougnon (1727-1799), médecin des Hôpitaux civils et militaires de Besançon, obtient une chaire de professeur à la Faculté de Médecine en 1759, puis est élu recteur à 4 reprises entre 1764 et 1788. Son enseignement accroît la réputation de la Faculté de Besançon. Il est membre de la Société royale de médecine de Paris et de l’Académie de Besançon.  Dans une lettre à un certain « M. Caille », il explique ses conceptions sur l’enseignement de la médecine. Il y défend notamment des examens réguliers, sur des questions tirées au sort, et un enseignement entièrement gratuit.

Dans ses lettres à Vicq d’Azyr, célèbre médecin de l’époque, il évoque des cas qui se présentent à lui, notamment celui d’une jeune fille de 23 ans qui avait vomi des crapauds vivants et des vers de terre.


Documents divers concernant l’enseignement à Besançon et en Franche-Comté (1783-1864), 1783-1864

Ces divers documents montrent le quotidien de l’enseignement aux XVIIIe-XIXe siècles en Franche-Comté : billets de prix pour les élèves, prospectus pour des pensionnats ou des externats, programmes imprimés de fêtes scolaires, etc. Ce sont des témoignages du quotidien des élèves – non pas de l’enseignement lui-même, mais de ses conditions matérielles : école centrale, collège, pensionnat…


Pierre-Joseph Proudhon. De la Justice dans la Révolution et dans l’Église, 1858 Cote : Ms 2850, f. 81-155

Cote : Ms 2850, f. 81-155

Édité par les frères Garnier en 1858, cet ouvrage est ouvertement anticlérical. Proudhon, dans ce chapitre sur l’éducation religieuse, se remémore son propre parcours et ses réticences face aux obligations morales et religieuses dès son plus jeune âge. Il s’insurge contre la hiérarchie inhérente à l’Église et regrette que la morale soit fondée sur la crainte de Dieu, et non sur le respect de l’humanité.

Dans cet énorme livre – environ 1 600 pages – il cherche à créer une philosophie de la révolution et une religion du travail : il préconise un apprentissage varié, et non spécialisé, afin de limiter le chômage.

Ce livre entraîne la condamnation de Proudhon à trois ans de prison et 4 000 francs d’amende : pour échapper à cette sanction, il s’exile à Bruxelles en juillet 1858.