Paul Signac, La voile jaune

Paul Signac

Il semble que ce soit Francis Jourdain qui, en 1900, présente George Besson à Signac, mais tous deux avaient suffisamment d’amis communs, comme Félix Fénéon, les Sembat ou Marcel Cachin, pour que la rencontre soit inéluctable. Très vite, les deux hommes ne se quittent plus, ils se voient le dimanche dans l’atelier du peintre. Chez Signac, Besson apprécie autant sa faculté d’indignation, ses prises de position généreuses, que sa méthode, sa science du dessin et ses innovations. La longue amitié qui les unit explique la présence aujourd’hui à Besançon de cette toile et d’une belle série d’aquarelles.

            La Voile jaune a été exécutée en 1904 pendant un séjour à Venise ; l’artiste était enthousiasmé par cette ville, la présence de l’eau et de la lumière, l’architecture, et il en a laissé de nombreuses vues. Toutes ont été faites en atelier, car Signac ne réalisait sur le motif que des aquarelles qu’il utilisait ensuite comme études pour ses toiles.

            Avec Seurat (1859-1891), principal représentant du pointillisme, Signac voulait fonder la création picturale sur des bases scientifiques, tout au moins en ce qui concerne l’utilisation des couleurs, contrairement aux impressionnistes dont la méthode était empirique. Son étude des travaux des physiciens du XIXe siècle sur la division de la lumière a été très poussée. La loi du contraste simultané établie par Chevreul en 1839, ainsi que les théories d’autres chercheurs sur les couleurs ont orienté sa peinture vers un système permettant d’utiliser les propriétés de la couleur-lumière. La Voile jaune est un exemple très démonstratif de la méthode mise au point par l’artiste. L’utilisation d’une touche régulière, assez petite, permet la juxtaposition des couleurs pures que l’œil, à une certaine distance, confond, jusqu’à obtenir un mélange optique, contrairement au mélange des pigments sur la palette qui ternit l’éclat de l’œuvre.

            Avec l’utilisation des virgules ou des hachures, Signac tempère la rigueur de ces principes. Selon son expression, « la touche divisée, changeante, vivante, « lumière », n’est donc pas le point, uniforme, mort, « matière » ». Dans La Voile jaune, la touche n’est pas totalement abstraite. Elle définit les formes, jusqu’à confondre peinture et dessin. La composition, fondée sur un strict schéma géométrique, équilibre d’une manière également précise l’eau, le ciel, l’architecture et les bateaux.


La Voile jaune (Venise)
1904
Huile sur toile
72X 91 cm
S. D. b. d. : P. Signac 1904
Don de George et Adèle Besson, 1963 ; dépôt du musée national d’Art moderne
(AM 4224 P 100), 1965 (inv. Da. 970.1.100)