Les masques baoulé du culte du goli

masques
La Collection ethnographique de Côte d’Ivoire du Muséum d’Histoire Naturelle de Besançon se concentre sur les années 1950, proposant ainsi une vision « moderne » de l’art rituel africain.
Elle est essentiellement constituée de masques de danses rituelles, de statuettes, de sculptures traditionnelles et d’instruments de musique réalisés dans les années 1940 et 1950 par les populations du centre et de l’ouest de la Côte d’Ivoire. Jean-Luc Tournier (1907 – 1985), chercheur d’origine franc-comtoise en poste en Côte d’Ivoire, a collecté la majorité de ces objets.

Parmi eux, plusieurs proviennent du peuple Baoulé qui vit dans le centre de la Côte d’Ivoire. Ils sont principalement artisans, cultivateurs et planteurs de café et de cacao. La religion traditionnelle coexiste avec le christianisme.

Les effigies du culte baoulé relèvent d’un ensemble intermédiaire entre les cultes sacrés et les danses de réjouissances ouvertes à tous.
La cérémonie Goli comprend quatre paires de masques, distinguées par le sexe et la couleur, avec des dominantes rouges (femelle) ou noires (mâle). Leur sortie complète, qui n’advient pas systématiquement, se déroule de la façon suivante au cours d’une cérémonie de 5 à 6 heures : d’abord les masques-disques (Kplè Kplè), puis le masque heaume zoomorphe (Goli Glin). Ensuite celui qui présente un visage humain orné de cornes de chèvre (Kpan Kplé), et enfin celui qui présente un visage de jeune femme (Kpan). C’est une progression de l’abstrait vers le « réalisme », de l’animalité vers l’humain.

Masque Kplè Kplè
Masque Kplè Kplè
Masque baoulé
Région : Bouaké, Village : Kongoli N’Dolikro

Le masque Kplè Kplè est dansé pour annoncer l’arrivée de Goli. Les Kplè Kplè vont toujours par couples, le mâle est noir (Kplè Kplè yaoussa), la femelle est rouge (Kplè Kplè bla). Le costume est une combinaison de tissus et de franges de raphia formant une sorte de jupe ample.

Le père de Kplè est Goli Glin et sa mère Kpan.

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Masque Goli
Masque Goli
Masque heaume baoulé
Région : Bouaké, Village : N’Gban

Goli, le masque le plus sacré du panthéon baoulé, est un masque heaume en forme de tête de buffle prolongée des cornes de l’antilope bongo. Iln’est sorti que pour les grandes occasions. Goli est le fils de Nyamien, le dieu du ciel. C’est une divinité protectrice. Il fait partie des masques africains qui ont beaucoup inspiré Picasso ou Fernand Léger.

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Masque Kpan
Masque Kpan
Masque baoulé
Région : Bouaké, village : N’da Okoukro 

Ce masque Kpan est le dernier des 4 masques de l’ensemble Goli. Il représente un visage féminin aux traits fins portant des scarifications sur le front, entre les sourcils et sur les joues. Avec l’utilisation du jaune vif pour rehausser les détails, cette œuvre des années 1950 annonce déjà l’engouement des Baoulés pour l’utilisation des couleurs vives pour leurs masques de danse d’aujourd’hui.

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Que représente le masque sacré ?

Le masque n’est que le visage de tout un costume recouvrant totalement le danseur. Ce costume est souvent fait de toile ou de fibres végétales recouvrant une partie du masque, ce qui explique la limite des décors en périphérie des faciès sculptés et les multiples trous d’attache.

Une fois le masque achevé, on lui insuffle une dimension psychique ou sacrée qui intervient à la suite d’une cérémonie rituelle transmise par un chef religieux. Ainsi, en Afrique le masque ne représente pas, mais il révèle une entité invisible en lui donnant vie par la danse l’espace d’une cérémonie. Le danseur n’est pas dépersonnalisé au profit du masque qu’il anime, mais il est investi. Il ne parle jamais. Il créé, par le mouvement de l’effigie qu’il anime, par tout ce qui l’accompagne dans sa danse, une présence extraordinaire : celle de la divinité. Le masque est un médiateur comme un autre pour établir un lien entre l’invisible et le visible, il est important mais aucunement indispensable.

Avec le temps, la sculpture s’use, se brise ou disparaît, mais l’esprit demeure et doit être insufflé dans une nouvelle sculpture, si possible similaire à l’ancienne pour faciliter son retour vers le nouvel l’objet.


Extraits de Collection ethnographique de Côte d’Ivoire, l’esprit et la matière, Muséum de Besançon , 2007.