Victor Hugo et Besançon

Victor Hugo à 27 ans (1829)
Ce portrait de Victor Hugo date de 1829 : il a alors 27 ans, c’est alors un jeune écrivain plein d’avenir. Ses Odes et ballades en 1828 rassemblent toute sa première production poétique et il publie en 1829 les Orientales ; il a publié trois romans, Bug-Jargal, Han d’Islande et en 1829 Le dernier jour d’un condamné. Le dessin est du peintre Achille Devéria (1800-1857), qui dirigera le département des Estampes de la Bibliothèque nationale. C’est un des portraitistes et illustrateurs les plus recherchés des années 1820-1850 à Paris. La lithographie est réalisée d’après le dessin de Devéria, par Charles Pierre Etienne Motte (1785-1836).

« A mon bon ami et cher compatriote Weiss. V H »
La dédicace autographe de Victor Hugo au bas de ce portrait rappelle ses origines bisontines : « A mon bon ami et cher compatriote Weiss. V H ». Weiss fut le bibliothécaire de la Ville de 1811 à 1866. Hugo lui dédicace des ouvrages (ainsi l’édition originale d’Hernani en 1830) et ce portrait de lui, qui figurait parmi les estampes encadrées et exposées dans la salle de lecture de la bibliothèque, à la fin du XIXe et au début au XXe siècle.

Acte de naissance de Victor Hugo (1802)
Le huitième du mois de ventôse l’an X de la République (soit le 27 février 1802), Joseph Sigisbert Hugo déclare à la mairie de Besançon la naissance de son troisième fils, Victor Marie, « né le jour d’hier à dix heures et demie du soir », donc le 26 février 1802.

« d’un sang breton et lorrain à la fois »

Son père, chef de bataillon au 20e régiment d’infanterie de ligne, alors en garnison à Besançon, est né à Nancy ; sa mère, Sophie Françoise Trébuchet, est native de Nantes : Victor Hugo rappelle cette ascendance dans son poème des Feuilles d’automne : 

« Ce siècle avait deux ans ! [...] 
Alors dans Besançon, vieille ville espagnole, 
Jeté comme la graine au gré de l'air qui vole, 
Naquit d'un sang breton et lorrain à la fois ... » 

Victor Hugo ne restera guère dans l’appartement de la maison du 140 Grande Rue où il est né : son père est muté six semaines après sa naissance, pour Marseille, via Aix-en-Provence. Peu après, ses parents se séparent ; le jeune Victor grandit à Paris, chez sa mère, et il ne reviendra jamais dans sa ville natale.


Témoins : M. Delélée, Mme Delélée née Dessirier
Les témoins de la déclaration sont Jacques Delélée et son épouse Marie Anne. Jacques Delélée est alors âgé de 40 ans, chef de brigade et aide de camp du général Moreau. Ce n’est pas le parrain de Victor Hugo mais le représentant de ce dernier, le général de brigade Victor Fanneau de Lahorie (1766 - 1812). Le second témoin « Marie Anne Dessirier épouse dudit Deleley » a 25 ans ; elle est aussi la marraine de Victor Hugo.

Signature de Delélée
Marie Anne Dessirier est née à Nancray en 1775 ; c’est la fille d’un gros propriétaire, Joseph Dessirier. Elle épouse l’adjudant général Jacques Delélée, qui a 15 ans de plus qu’elle. Premier aide de camp du général Moreau, il meurt au Portugal le 25 décembre 1810 lors des guerres napoléoniennes. Mme Delélée après son veuvage réside dans la maison familiale des Dessirier à Besançon 16 place de la Révolution ; elle fréquente les salons bisontins et va rendre visite à Hugo à Paris. En 1845, c’est grâce à elle que Flaubert peut visiter la maison natale de Hugo « au rond de Saint-Quentin n° 140 ». Elle meurt en 1850 à l’âge de 75 ans.

« Votre amie grande et petite marraine » (1835)
La bibliothèque a pu acquérir en 2010 une lettre qui éclaire les relations entre Victor Hugo et « Votre amie grande et petite marraine », ainsi que Marie Anne Delélée signe sa lettre.

« un gros petit bobo »
Elle écrit cette lettre de Besançon le 27 août 1835 ; elle a alors 60 ans. Il ne s’agit pas stricto sensu d’une lettre autographe, puisqu’elle précise à la fin qu’elle a dû la dicter : « C’est toujours bien mon cœur qui a dicté ces lignes, mais vous vous apercevez bien que ce n’est pas ma main, cela ne m’était pas possible pour le moment, je m’y suis fait un gros petit bobo qui y a mis empêchement. »

« Ne me boudez pas... »
Elle remercie Victor pour ses envois de livres, et lui demande d’autres envois : « C’est qu’on a du bonheur à vous lire et comme votre marraine c’est un plus grand bonheur encore. Ma réclamation est d’ailleurs bien légitime et vous m’avez promis (formellement promis) toutes vos œuvres. Je compte sur l’accomplissement de votre parole et en homme d’honneur vous ne pouvez me dérober... », mais c’est pour mieux lui demander de venir à Besançon : « Ne me boudez pas de toutes mes exigences, venez plutôt, si elles vous fatiguent, m’en demander raison. Allez, je ne demande pas mieux car j’ai déjà fait tout au monde pour vous attirer ici où nous jeunons de vous. Je crois bien cependant que vous ne pouvez douter du plaisir que vous feriez non seulement à votre marraine mais aussi à tous vos compatriotes. »

« ... visiter les gens qui vous aiment »
Elle adresse aussi « A vous ma bonne et chère Adèle », l’épouse de Victor, pour une question de chapeau « de paille d’Italie », mais lui réitère surtout son désir de les voir à Besançon : « J’ai déjà grondé votre mari, prenez votre part aux justes reproches en ménage tout doit être commun même les reproches d’une marraine... Vous avez cependant un moyen efficace de les échanger contre de bonnes et franches caresses si vous en êtes soucieuse venez me voir. Il est presque mal de vous faire tant prier pour venir visiter les gens qui vous aiment. »

« du bon miel du Mont d’Or »
Et enfin, des tendresses pour les enfants du couple - Léopoldine qui a 11 ans, Charles (9 ans), François-Victor (8 ans) et Adèle (5 ans) – avec la promesse de douceurs comtoises « Adieu ma bonne chère amie, embrassez tous vos petits chouchoux que j’aime comme si je les avais faits. Dites leur que lorsque la saison sera venue que leur grande marraine leur enverra du bon miel du Mont d’Or pour leur faire des tartines »
Mais Victor Hugo n’accèdera pas au désir de sa marraine...

« Je remercie mes compatriotes... » (1880)
Le 3 mars 1879, le sénateur-maire de Besançon Gustave Oudet propose au conseil municipal de donner le nom de Victor Hugo à une rue et d ‘apposer une place sur sa maison natale, place Saint-Quentin, aujourd’hui 140 Grande Rue. La plaque, dessinée par Edouard Bérard, architecte de la ville et ancien élève de Viollet-le-Duc, est inaugurée le dimanche 27 décembre 1880, lors d’une cérémonie qui attire une foule nombreuse : discours de Gustave Oudet et Marseillaise place Saint-Quentin, puis discours, lectures et musique au théâtre municipal, et le soir banquet officiel au palais Granvelle. C’est au théâtre que Paul Meurice, ami de Victor Hugo et qui représente le poète qui n’a pu se déplacer, lira en son nom une lettre de la main de Hugo adressée au peuple de Besançon.

Signature de Victor Hugo
« Je remercie mes compatriotes avec une émotion profonde. Je suis une pierre de la route où marche l’humanité, mais c’est la bonne route. L’homme n’est le maître ni de sa vie, ni de sa mort. Il ne peut qu’offrir à ses concitoyens ses efforts pour diminuer la souffrance humaine, et qu’offrir à Dieu sa foi invincible dans l’accroissement de la liberté. Victor Hugo »