Le Plan d’embellissement de la ville de Besançon de l’architecte Maurice Boutterin (1938)

La page de garde du plan (cote 3T9)
Les lois du 14 mars 1919 et du 19 juillet 1924 imposent aux villes de plus de 10 000 habitants de dresser un projet de plan d’aménagement, d’extension et d’embellissement.
La ville confie la réalisation de ce plan à l’architecte bisontin Maurice Boutterin (Besançon, 1882- Tours, 1970). Ce dernier, après des études aux Beaux Arts, à Paris, a obtenu en 1909-1910 le Premier Grand Prix de Rome d’architecture. Il est à l’origine à Paris et en région parisienne de nombreux programmes d’immeubles de rapport, dans les années 1920 et 1930. Devenu architecte en chef des monuments historiques, il est chargé de plusieurs monuments dont le Château de Saint-Germain et le Palais de Rambouillet.

La ville de Besançon commence véritablement à élaborer le plan, en mai 1925. À la demande de M. Boutterin, un crédit est voté au Conseil municipal, en mars 1926, pour la réalisation de photographies aériennes du territoire communal. Elles doivent permettre d’établir une nouvelle cartographie, les plans existants étant jugés incomplets et d’une exactitude incertaine. Les plans levés, d’après les photographies aériennes, ont été livrés en novembre 1927.

Une vue de la colline de Brégille avec le projet de création d’un monument dédié à Victor Hugo, jamais réalisé. (plan issu de la version définitive du projet de 1939).
Boutterin dresse un constat sévère de l’état de la ville : « un centre ancien très dense inadapté aux exigences de la vie moderne (hygiène et circulation) », « une banlieue immédiate, avec des milliers de constructions qui ont surgi au hasard, dans un désordre invraisemblable, constituant de nouveaux quartiers, mal implantés, mal desservis, souvent impraticables et nécessitant des transformations radicales ».

Le projet fixe la direction, la largeur et le caractère des voies à créer ou à modifier, détermine les emplacements, l'étendue et les dispositions des places, squares, jardins publics, terrains de jeux, parcs, espaces libres divers et indique les réserves boisées ou non à constituer, ainsi que les emplacements destinés à des monuments, édifices et services publics. Il détermine également les servitudes hygiéniques, archéologiques et esthétiques, ainsi que les prévisions concernant la distribution d'eau potable, le réseau d'égouts.

De gros travaux de voirie sont prévus, en particulier, dans la Boucle, pour anticiper une future « intensification du trafic ». Parmi les nombreux projets figurent le redressement de la rue de la bibliothèque avec la démolition de l’église Saint-Maurice, jamais mis en oeuvre, le remblaiement de la gare d’eau inutilisée pour faire un terrain de jeux sans oublier, l’aménagement d’un « boulevard » le long du Doubs, entre le pont de la République et la porte Rivotte, en démolissant le rempart.

 

Vue du quartier Battant avec le projet de faire disparaitre les îlots insalubre en démolissant l’intérieur de ces îlots en créant des cours intérieures.
Le Conseil municipal adopte le plan d’aménagement en 1927-1928, mais des réticences de l’administration des Beaux-arts retardent puis empêchent le plan de voir le jour. Le projet est remanié en profondeur, simplifié et présenté à nouveau en 1938. Il connaît encore plusieurs modifications et remaniements, suite à des changements de législation. Il n’entre finalement jamais en application, remanié et remplacé pour d’autres documents d’urbanisme mis en place après guerre (schémas directeurs, plans d’occupation des sols). 

Les documents conservés aux Archives municipales dans la sous-série 3T sont un témoignage de ce projet ambitieux mais resté en grande partie inabouti.