Gustave Courbet, Le Gour de Conche

Gustave Courbet, Le Gour de Conche

Paul Cézanne écrivait au sujet des paysages de Courbet : « Son grand apport, c’est l’entrée lyrique de la nature, de l’odeur des feuilles mouillées, des parois moussues de la forêt, dans la peinture du XIXème siècle. Le murmure des pluies, l’ombre des bois, la marche du soleil sous les arbres. La mer. Et la neige. Il a peint la neige comme personne. »

Courbet est avant tout un peintre de paysage. Cette place de choix est annoncée par le paysage peint qui trône au milieu de l’Atelier du peintre. Cherchant à rendre un lieu dans sa proximité, dans sa matière, il contribue à révolutionner notre regard. « Pour peindre un paysage, il faut le connaître. Moi je connais mon pays, je le peins ».

Bien que sa peinture de paysages lui apporte succès et commandes, elle n’est pas neutre et désinvestie. Le paysage est chez Courbet toujours complexe, analytique, et géologique. C’est vers 1855 que l’artiste se consacre pleinement au paysage. Les séries des Puits noirs et des sources de la Loue renvoient dans son œuvre à une réelle géographie intime. 

Dans le Gour de Conche, l’emploi d’un fonds noir ramène le tableau à sa planéité. Les couches de peinture sont appliquées successivement au couteau. La pâte épaisse et l’absence de présence humaine ou animale nous donne l’impression de pénétrer un havre de paix soustrait au regard, une jungle inviolée. A l’image de la série des Puits noirs, le Gour de Conche nous offre un refuge à l’écart de l’agitation moderne, un espace sombre et fermé propice au repli sur soi. La matière dense et rugueuse traduit à merveille l’aspérité de la roche et l’opacité des feuillages. Un trou d’ombre central aspire en un sens le spectateur.