Indiens des prairies d’Amérique du Nord

peau amérindienne

A son apogée, au XVIIIème siècle, la France Nord-Américaine appelée Nouvelle-France forme un vaste territoire, relativement peu peuplé, qui s’étend du golfe du Saint Laurent au golfe du Mexique en passant par les Grands Lacs et la vallée du Mississippi. Postes militaires et comptoirs marchands jalonnent le cours des fleuves qui traversent les trois colonies que sont l’Acadie, le Canada et la Louisiane. S’y développe une activité lucrative: le commerce de la fourrure. Celui-ci est  fondé sur des contacts étroits entre les colons et les tribus amérindiennes autochtones qui reçoivent, en échange des fourrures qu’elles fournissent, un ensemble de produits manufacturés : tissus, verroteries et outils en fer auxquels elles attribuent parfois de nouvelles fonctions d’ordre esthétique ou rituel.


A la fin du XVIIème siècle, les Illinois, dont les tribus occupent la vallée du cours moyen du Mississippi deviennent les principaux alliés et partenaires commerciaux des Français qui établissent une série de forts sur leur territoire. Ces liens privilégiés expliquent que les objets des Illinois et de leurs voisins du sud, les Quapaw, figurent majoritairement dans les collections conservées en France. Cependant les épidémies, la guerre incessante et les dissensions internes les mènent à un déclin rapide au cours du XVIIIème siècle.

Avant l’introduction du drap de laine, importé par les Européens, les femmes amérindiennes fabriquent des vêtements à partir de peaux tannées de cerf, d’orignal, de caribou ou de bison dont le décor reflète en général le sexe de celui qui les porte, parfois même son âge ou son statut social. Les vestes des hommes, telles que les deux capes du musée des beaux-arts et d’archéologie, peuvent ainsi être ornées d’idéogrammes rappelant leurs faits de guerre, souvent associés à des motifs abstraits et symboliques, évoquant le ciel, le soleil ou des plumes.


De la vallée du Mississippi à la vallée du Doubs…

Entrées dans les collections du musée dès 1853, les peaux amérindiennes proviennent d’une collection royale constituée sous l’impulsion du Duc d’Artois, frère de Louis XVI en 1783. Souhaitant parfaire l’éducation des Enfants de la Maison de France, celui-ci confie à leur précepteur, le Marquis de Sérent, le soin de constituer un Cabinet d’Histoire Naturelle à Versailles dans une perspective volontairement universaliste.
Plus de deux cents pièces de provenances diverses (Canada, Louisiane, Antilles, Guyane, Pérou) sont alors réunies à Versailles, issues, pour la plupart, du fonds collecté par Jean Denys Fayolle, commis au bureau des colonies d'Amérique et amateur de curiosités. 

Lorsque la Révolution éclate, ces collections sont  transférées  au Muséum spécial de l’Ecole française à Versailles avant de rejoindre la  bibliothèque municipale de Versailles. On ignore tout en revanche du devenir de ces collections pendant la première moitié du XIXème siècle comme des modalités de leur transfert au musée des beaux-arts et d’archéologie.
Ces mouvements incessants comme les anciennes conditions de stockage ont fragilisé ces vêtements, dont on ne connaît qu’une dizaine d’exemplaires similaires dans le monde. Afin d’en assurer la préservation, une importante campagne de restauration a donc été menée au printemps 2011. Le nettoyage des peaux, le retrait des anciennes étiquettes (désormais placées à leur revers) comme la consolidation des parties les plus fragiles a permis d’améliorer la lisibilité des motifs qui s’y déploient et d’approfondir leur étude, en documentant les méthodes de préparation et de tannage comme celles de l’application des pigments.