Sonnets comtois

Un livre incomplet depuis 1615, avec des images mystérieuses, très belles, gravées à Besançon, mais dont le texte d'accompagnement n'a jamais été imprimé.

 

La clé de ce mystère est parvenue à la bibliothèque en 2016, grâce aux éditions de la Passerelle, qui ont publié le livre des emblèmes de Pierre de Loisy avec les sonnets attribués à Jean-Baptiste Chassignet.

 

Jusqu'à présent, on ne connaissait que le graveur, Pierre de Loisy, et on savait que son recueil de gravure était dédié au gouverneur de la Franche-Comté, Clériadus de Vergy.​


Jean-Baptiste Chassignet est également comtois, son père est médecin et co-gouverneur de Besançon. Lui s’installe à Gray où il devient avocat fiscal, il y meurt en 1635.

 

Chacun de ses sonnets est écrit pour être placé sous une gravure de Loisy, car Chassignet n’écrit pas de poésie ex-nihilo. Dans un livre d'emblèmes, l'image et le texte vont de pair, car le texte permet souvent de décrypter le sens allégorique de l'image. ​

 

Voici quelques extraits des sonnets comtois sous les gravures de Pierre de Loisy.​


Cleriadus de Vergy

D’estre brave et vaillant tout le monde est capable

Mais joindre la prudence avecque la valeur

C’est un don fait du ciel à nostre gouverneur

Duquel tu vois icy le portrait veritable


Fermes sans varier en la variété

Des accidents mondains, ces heros magnanimes

Ces grands preux de Vergy, à leurs Rois legitimes,

Comme rochers en l’eau, de tout temps ont esté

Ennemys capitaux de la legereté.

 


Vices, retirés-vous, voicy la chasteté

Qui du chasteau d’honneur garde et deffend la porte/

Tout Orde convoitise à ses pieds tombe morte,

Et se rompent vos coups contre sa fermeté


Aux gracieux resveil de la vermeille aurore

L’elephant au soleil fait sa dévotion,

Et, touché sur le soir de mesme emotion,

Ce mesme astre couchant derechef il adore.

 


C’est un luth discordant qu’un peuple sans concorde,

Que l’accord-magistrat, qui fait profession

De tenir ses accords à sa discrétion,

Par force et par amour mal aysement accorde.


Notre vie est moindre qu’un point

Qui passe et ne retorne point

 

Où pensés-vous, mortels, de quelle confidence

Vous jugés-vous si fort esloignés du trespas

Et croyés que vos jours ne s’escouleront pas

Avant que vos desseins ne soient tous hors d’enfance ?


L’amour parfait et légitime

Deux corps d’une seule ame anime

 

Un amour legitime, honnestement conduit

Brusle les deux amants d’une si douce flame

Qu’il fait de deux corps un, de deux ames une ame,

Qu’en mesme esgalité il accorde et reduit.


Du Nil egiptien le pleurard cocodrile

Fuit ordinairement le brave qui le suit

Suit ordinairement le peureux qui le fuit

Et contre luy se monstre au combat mal habile.

 


Travaille avant que la vieillesse

Sans pain et sans force te laisse

 

Durant la rouge ardeur de l’esté bluetant,

La cigale à chanter incessamment s’adonne ;

Mais sent-elle venir le premier froid d’automne,

A faute de rosée elle meurt à l’instant


Pour aller plus loin :

 

LOISY, Pierre de. Livre d'emblèmes gravés. Besançon, vers 1615. Cote BM 64466

 

LOISY, Pierre de, CHASSIGNET, Jean-Baptiste. Le Livre des Emblèmes de Pierre de Loisy et les Sonnets attribués à Jean-Baptiste Chassignet. Éditions de la Passerelle, 2016. Cote BM 80570

 

ORTALI, Raymond. Un poète de la mort : Jean-Baptiste Chassignet. Genève : Droz, 1968. Cote BM 73766 ​

 

COURTAUX, Théodore. Sonnets franc-comtois inédits : écrits au commencement du XVIIème siècle et publiés pour la première fois d'après le manuscrit original avec une introduction historique et des notes. Genève : Slatkine reprints, 1969. Cote BM 310680