Fonds général (Ms 508 à 1004)

Tite-Live (0059? av. J.-C.-0017), Histoire romaine (Ab Urbe condita, lère, 3e et 4e décades : « codex regius ». Ancien titre : Titi Livii Historiarum libri I-X, XXI-XXXII, XXXIV-XL)

Date : XV
e
siècle
Cote : Ms 837-839
Langue des unités documentaires : latin

Histoire de la conservation
Ms 837 et 839 : offerts en 1443 par Cosme de Médicis au roi de Naples Alphonse d'Aragon. Ex-libris manuscrits de François Perrenot de Granvelle (« Granvele C. de Cantecroy », avant 1607) ; cote Y (inventaire Granvelle par Chifflet au XVIIe siècle) ; ex-libris manuscrit de Jean-Baptiste Boisot (« Ex Bibliotheca Joannis Baptista Boisot Vesontini Prioris de Grandecourt et de la Loye », avant 1694) ; inventaire après-décès de Boisot (cote cinquante, primo et tertio) ; bibliothèque publique de Saint-Vincent de Besançon au XVIIIe siècle (cote A-19-8, 1° et 2°)
Ms 838 : copié sans doute en 1448 pour Alphonse d'Aragon, roi de Naples. Armes du connétable don Pedro de Portugal (prétendant au royaume de Catalogne entre 1463 et 1466), dont l'inventaire de la bibliothèque du présente la reliure telle qu'elle était en 1466 : « 34. Item un livre de grand format, écrit sur parchemin, couvert de plaques de bois recouvertes de cuir fauve estampé, quatre crochets, quatre écus et huit boules, tout en laiton doré, avec des pièces de soie cramoisie piquée d'argent avec d'une part la marque d'Aragon, et de l'autre, celle de Sicile, intitulé en lettres d'or sur la couverture, Titus Livius de secundo bello punico. Il se termine à l'avant-dernière page par 'est inventus'. Il est gardé dans une couverture de cuir rouge » (traduit du catalan ; Balaguer, 1881, p. 25, n°34).
Le Ms 838 passe ensuite dans les collections du roi René d'Anjou, qui le donne au couvent de Saint-Maximin en 1481, d'après l'inventaire de 1508 au n°100 : « Item, Titius Livius de secundo bello Punico, in pergameno et magno volumine ; in tribus foleys auro et hesur historiatus ; et in sui primo foleo armis cum quatuor barris rubeys in campo aureo, cum quinque angelis depictis ; copertus coreo rubreo. » (AD13, B 1226, f. 24-30 ; Avril, 2009). René d'Anjou aurait pu acheter le livre à Barcelone en 1479, ou son fils Jean de Calabre aurait pu l'obtenir lors de son règne à Barcelone entre 1466 et 1470. Inscription manuscrite « Johannes Nezon » sur le contreplat inférieur, écriture du XVe siècle.
Le Ms 838 ne comporte pas d'ex-libris de Granvelle ni de Boisot, contrairement aux Ms 837 et 839 ; mais l'inventaire Granvelle par Chifflet au XVIIe siècle mentionne « trois grands livres en parchemin reliés, deux en cuyr tanné et l'aultre noir » (Ms Chiflet 47 f. 64, cote Y). Egalement, le Ms 839 porte la cote « cinquante tertio » dans l'inventaire après-décès de Boisot en 1694, ce qui indique que les trois volumes étaient bien déjà réunis. La bibliothèque publique de Saint-Vincent de Besançon fait exécuter au XVIIIe siècle une reliure aux armes de la ville pour les trois volumes. bibliothèque publique de Saint-Vincent de Besançon au XVIIIe siècle (cote A-19-8, 1°, 2° et 3°)

Présentation du contenu
Les première et quatrième décades (Ms 837 et 839) sont copiées à Florence en 1425 et 1427 pour Cosme de Medicis, sans doute par le copiste Giovanni d'Arezzo : « Joannes A. fi. clarissimo atque optumo viro Cosmo Medici ex vetustissimo exemplari hoc opus transcripsit anno D. MCCCCXXV. Florentiae » (Ms 837 f. 290, et Ms 839 f. 227 : MCCCCXXVII). Le texte ayant servi de référence est le Ms Laur. LXIII (lère, 3e, 4e décades : Florence, Bibliothèque Laurentine), déjà copié par Giovanni d'Arezzo pour Cosme de Médicis en 1412-1413 et 1418. Le livre est offert en 1443 par Cosme de Médicis au roi de Naples Alphonse d'Aragon, et prend dès lors le nom de « codex regius » (Coisy, 1983). L'écriture humaniste est accompagnée d'initiales selon la mode florentine à bianchi girari (« vigne blanche », Toscano p. 53) et de rubriques à l'encre rose, avec des réglures à la pointe sèche.
La 3e décade faisait partie de cet ouvrage, mais elle a été remplacée par une autre version datée de 1448 environ (Ms 838). Il s'agit d'un texte copié par le copiste allemand Cruder, non daté : « Johannes Cruder Theutonus haud ignobilis scriptor decadem tertiam Titi Livii clarissimi hystorici diis bene juvantibus scripsit. » (Ms 838, f. 254). Ce volume est légèrement plus grand que les deux autres.
Ce texte pourrait correspondre à la 3e décade corrigée par Antonio Panormita, dont la version était fortement contestée par Lorenzo Valla, l'autre humaniste chargé par Alphonse d'Aragon en 1444 d'améliorer le texte du « codex regius », dans la tradition de Pétrarque au XIVe siècle ou de Poggio Bracciolini au XVe siècle. Ce dernier prend parti pour Panormita contre Valla dans cette querelle, et le départ de Valla pour Rome en 1448 permet de supposer que Panormita a pu faire copier sa version par Cruder après cette date (Coisy, 1983) ; les enluminures sont datées de 1455 environ, par l'atelier du maître de Fiesole, en particulier le bel encadrement du premier feuillet. En réalité, Panormita tient compte des erreurs dénoncées par Valla en 1446-1447 dans des Emendationes sur les six livres de la deuxième guerre puniques, et la copie de Cruder sert à faire disparaître les erreurs qui avaient été notées dans l'exemplaire du « codex regius ». On retrouve en effet en marge du Ms 839 des annotations à l'encre rouge (rubriques des chapitres) et à l'encre noire, plus rares (corrections demandées par Alphonse d'Aragon en 1444 ; le Ms 837 ne comporte ni rubriques ni notes marginales).
L'identification de ce volume corrigé par Panormita avec le Ms 838 a été contestée par François Avril, qui a reconnu dans les armoiries du f. 1 les armes d'Aragon, mais avec la devise « Paine pour joye » du connétable don Pedro de Portugal, prétendant au royaume de Catalogne entre 1463 et 1466 (Avril, 2009).
Le texte du Ms 839 est incomplet du livre XXXIII et de la fin du livre XL, ce qui est le cas de tous les manuscrits de cette époque. Le livre XXXIV indique un titre courant erroné « XXXIII ». Une note marginale le signale : « Deficit lib. III » (f. 43 v°). Le livre XL est incomplet et s'arrête au milieu du paragraphe 37. Une note marginale le signale également : « Hic deest ». Le Ms 3941 du musée Kestner à Hanovre présente les mêmes lacunes ; il a été copié en 1435 à Crémone (Handschriften des Kestner-Museums zu Hannover, 1999). Ces parties manquantes ne sont rétablies qu'en 1518-1519 par Erasme, grâce à un manuscrit de la cathédrale de Mayence (« Moguntinus »), puis en 1616 pour les 17 premiers chapitres du livre XXXIII, grâce à un manuscrit de la cathédrale de Bamberg (Ms class. 35 a ; Coisy, 1983).

Bibliographie
Editions
W.
Weissenborn
, H. J,
Müller
, Titi Livi Ab urbe condita, 10 vol., Weidmann, Berlin, 1883-1924 (réimpr. 1965).
Histoire romaine
, livres 1-8, 21, 23-29, 31-33, 35-36, 39-45. Paris : Belles-Lettres, 1940-2005
Etudes
Avril
, François, « Quelques observations sur le destin des livres et de la "bibliothèque" du roi René », dans : Splendeur de l'enluminure : le roi René et les livres, catalogue, exposition, Angers. Arles : Actes Sud, 2009, p. 73-83. - p. 77-79 et notes 20-22 : concerne le Ms 838 qui porte les armes du connétable don Pedro de Portugal (1429-1466) et a appartenu à la bibliothèque de René d'Anjou, léguée aux Dominicains de Saint-Maximin, avant de passer au XVIe siècle dans les collections du cardinal Antoine de Granvelle.
Balaguer y Merino
en 1881 dans Don Pedro, el condestable de Portugal, considerado come escritor, erudito y anticuario (1429-1466), paru chez Vicente Dorca. - Notre manuscrit est mentionné p. 25 sous le numéro 34.
Billanovich
, Giuseppe (1958). « Per la fortuna di Tito Livio nel Rinascimento italiano », Italia Medioevale e Umanistica 1, 245-275.
Billanovich
, Giuseppe (1981). La tradizione del testo di Livio e le origini dell' Umanesimo, vol. 1 : Tradizione e fortuna di Livio tra Medioevo e Umanesimo, Padoue : Antenore.
Billanovich
, Giuseppe et Menegazzo, Emilio (1982). «Tito Livio nell 'umanesimo veneto », Italia Medioevale e Umanistica 25, 313-344.
Coisy
, Annie. Tite-Live, Ab Urbe condita, libiri I-X : établissement du texte de la première Décade. Mémoire de fin d'études du diplôme supérieur de bibliothécaire. Villeurbanne : ENSB, 1983. 56 p. Disponible en ligne : 1http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/63302-tite-live-ab-urbe-condita-libri-i-x-etablissement-du-texte-de-la-premiere-decade.pdf ; p. 18, 35, 39
De la Mare
, Albinia."Florentine manuscripts of Livy in the fifteenth century....". Dans : Greek and Latin studies. Classical literature and its influence / ed by T.A. Dorey. - London : Routledge and Kegan Paul, 1971, p. 177-199
Dorey
, T. A. "Livy XXI-XXV ; Petrarch and the codices deteriores." Dans : Euphrosyne, revista de filologia classica, nova series, 1969, vol. III, pp. 59-72
Lardet
, Pierre. « Le retour des textes et la saisie de l'antique. Tite-Live et Quintilien à la Renaissance », dans Histoire Épistémologie Langage, 1990, 12-1, p. 21-36. - p. 28. Disponible en ligne : 1http://www.persee.fr/doc/hel_0750-8069_1990_num_12_1_2305
Toscano
, Gennaro. "Livres de dévotion et livres humanistes. Le rapport texte-image dans les manuscrits de la librairie des rois d'Aragon à Naples (1442-1495)". Dans : Le livre illustré italien au XVIe siècle. Texte / Image. Actes du colloque organisé par le Centre de recherche Culture et société en Italie aux XVe, XVIe et XVIIe siècles, 1994. - Paris : Klincsieck, 1999, p. 11-31 ; manuscrits cités p. 15-16 ; détail du f. 235 v° reproduit fig. 1.
Toscano
, Gennaro. "Manuscrits enluminés provenant de Naples dans les collections de Granvelle". Dans : La bibliothèque de Granvelle : [exposition], 2 octobre-12 décembre 1992, Bibliothèque d'étude et de conservation, Besançon. - Paris : Fédération française de coopération entre bibliothèques, 1992 (Re-découvertes ; 2), p. 49-63, en particulier p. 52-53

Notes
Boisot, n
o
50, 1
o
-3
o
. 8, A. 19, 1
o
-3
o
Collection Granvelle : manuscrits
Collection Enluminures
Manuscrit numérisé -- Fonds général

Table des matières :
Mots-clés personne : Boisot (L'abbé Jean-Baptiste)

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