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 « A la loupe » (2014)

Un recueil de gravures : Mascarade à la grecque (1771)

Ennemond-Alexandre Petitot

Petitot fait paraître ce recueil de gravures à Parme en 1771. Il témoigne avec humour de la mode pour "le néo-classicisme appelé alors le "goût grec" selon un vocable qui trahissait un hellénisme de grande fantaisie" (A. Pradère). Les neuf planches sont gravées à l’eau-forte par Benigno Bossi ; les dessins sont l’œuvre d’Ennemond-Alexandre Petitot, architecte et ornemaniste français installé à Parme. 

L'image à la loupe

Fontaine à Rome, gravure de Piranèse

Né à Lyon en 1727, Petitot suit l’enseignement de l’architecte Jacques-Germain Soufflot. Il poursuit sa formation à Paris et remporte en 1745 le premier Grand Prix de l’Académie des Beaux-Arts. Admis, comme tous les lauréats, l’année suivante à l’Académie de France à Rome, il demeure quatre années au palais Mancini. Il fréquente assidûment l’atelier du graveur vénitien Giovanni-Battista Piranèse installé en face du palais Mancini, sur le Corso. Piranèse exerce une grande influence sur cette génération d’artistes français. 

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Caravane du sultan à la Mecque

Caravane du sultan à la Mecque

En 1748 ces jeunes pensionnaires participent au carnaval en mettant en scène une mascarade dont le thème est la «Caravane du Sultan à la Mecque». Petitot y participe en tant que chef des Indiens. Le peintre Vien en a laissé un témoignage savoureux l’année suivante en publiant une suite de trente eaux-fortes, Caravane du sultan à la Mecque : mascarade turque donnée à Rome par les pensionnaires de l’Académie de France et leurs amis au carnaval de 1748.
On peut raisonnablement penser que la Mascarade à la grecque de Petitot est l’écho plus tardif de la publication de Vien.

L'image dans Gallica

Le théâtre d’Herculanum

Théâtre d’Herculanum (par Pâris)

Comme son condisciple Le Lorrain, Petitot est choisi en 1749 pour concevoir les décors éphémères et pyrotechniques de la Chinea, fêtes d’origine médiévale à la charge de l’ambassadeur du royaume de Naples auprès du Souverain pontife. Elle se déroule à Rome deux fois par an. Elle met en scène un hommage du royaume de Naples au Saint-Siège. Petitot conçoit un projet audacieux et novateur, s’inspirant de manière très libre de la découverte des ruines du théâtre d’Herculanum. 

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Suite de vases

« Suite de Vases » de Petitot

De retour à Paris il ne trouve pas d’emploi. Sur la recommandation du comte de Caylus, il part en 1753 à Parme au service du duc Don Filippo di Borbone. Il y passera le reste de son existence, faisant construire ou modifier de nombreux bâtiments. Sous l’influence du Français, Guillaume du Tillot, valet de chambre du duc devenu Premier ministre, le marquis de Felino auquel est dédiée la Mascarade à la grecque, de nombreux artistes français sont engagés au service du duc. Petitot pour la réalisation de ce recueil s’entoure des services du graveur Benigno Bossi, sculpteur et stucateur à la cour de Parme, avec lequel il avait déjà publié en 1764 une Suite de vases

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A la grecque

Bureau du financier Lalive de Jully

Vers 1750, le renouveau du goût néo-classique est rapide et massif, grâce aux découvertes récentes des ruines de Pompéi et d’Herculanum, et aussi contre les excès du rococo. En 1757, l’ébéniste Baumhauer réalise le bureau du financier Lalive de Jully, sur les dessins du peintre Le Lorrain. C'est le premier témoignage de cette nouvelle esthétique. Une dizaine d’années plus tard, l’usage de ce vocabulaire ornemental a envahi l’ensemble des arts.

Lalive de Jully notait lui-même amusé à la fin du catalogue de son cabinet paru en 1764 :

« Ce cabinet est orné de meubles composés dans le style antique, ou, pour me servir du mot dont on abuse si fort actuellement, dans le goût grec ; c’est même depuis l’exécution de ce Cabinet que s’est répandu ce goût d’ouvrage à la grecque que l’on emploie maintenant ridiculement à tout, à la vaisselle, aux bijoux, aux étoffes, aux coëffures, etc… jusqu’aux boutiques, dont maintenant presque toutes les enseignes sont à la grecque. » (1)

Mascarade

Titre du recueil Mascarade

L’idée est dans l’air. Petitot n’hésite pas lui aussi à faire preuve de dérision et d’ironie, alors qu'il a été dans sa jeunesse un des principaux protagonistes du retour à l’antique. C’est dans cet esprit que cette suite de neuf planches doit être comprise, comme l’explique très clairement la préface de l’auteur. Mais Petitot, artiste de talent, transfigure le genre. A la différence des gravures médiocres qui ont paru anonymement à Paris quelque temps auparavant, Petitot conçoit une œuvre pleine d’inventivité et de drôlerie. 

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Mariée à la grecque

Le vocabulaire ornemental utilisé est tiré de l’antiquité, mais il est accumulé et détourné de son utilisation. Il sert à composer des parties du costume des personnages représentés : cornes d’abondance pour des bras, pyramide pour une robe, tores de lauriers pour partie de robe…

Petitot se représente lui-même dans la dernière planche en une sorte de grand prêtre maçonnique drapé à l’antique, accoudé à un fût de colonne cannelée, portant un calot trapézoïdal et des lunettes carrées.

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Bibliographie

Berger à la grecque
  • Catalogue historique du cabinet de peinture et sculpture françoise de M. De Lalive. Paris, 1764. p. 110.
  • Christophe Leribault : « L’auteur des figures à la grecque, Jeune Moine à la grecque, Sacerdotesse à la grecque », dans L’Antiquité rêvée : innovations et résistances au XVIIIe siècle. Catalogue de l’exposition du musée du Louvre, Paris, 2010. p. 206-209. 
  • Svend Eriksen : « Lalive de Jully’s furniture à la grecque ». Burlington Magazine, août 1961, p. 340-347.
    Cote BM Etude Per 2026.
  • Alexandre Pradère : « Madame de Pompadour et le goût grec », dans Connaissance des arts, décembre 1989, p. 106-109. Cote BM Etude Per 2211.

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