« A la loupe » (2021)
La Commission Archéologique de Besançon
De 1848 à 1878, une société savante
La Commission
Fondée en 1848, suite aux fouilles de l’Arsenal, la Commission Archéologique de Besançon, parfois appelée la Commission des Antiquités, était composée de sept membres fondateurs ; en premier lieu : Edouard Clerc, son président, Just Vuilleret, son secrétaire, puis Théophile Bruand, l’abbé Dartois, Alphonse Delacroix, Ponçot et Charles Weiss.
Le but établi lors de sa création était de conserver, classer et recueillir les objets d’antiquité afin de permettre l’étude archéologique du sol franc-comtois.

La Commission est instituée par un arrêté municipal du 20 juin 1848. On peut en trouver une copie dans le registre des délibérations de la Commission mis en place par Vuilleret pour sa pérennisation. Dans ce registre il rédige les comptes rendus des séances de la Commission depuis sa création jusqu’en 1854.
La fondation de la Commission

Ces séances de délibérations ou réunions sont organisées (avec une assez faible régularité) afin d’effectuer, d’une part, un état des lieux du progrès des travaux de la Commission en termes de publications, de conservation, d’administration et de nouvelles acquisitions pour le musée archéologique de la ville.
D’autre part, les membres évoquent les prochaines activités de la Commission et l’on distribue aux différents membres des tâches telles que la réalisation de dessins et plans de la ville de Besançon.
Lors de ces séances, les nouvelles découvertes ainsi que les fouilles entreprises sont présentées et sont accueillis de nouveaux membres associés ou correspondants recommandés par les membres titulaires.

Les membres
Regroupant des archéologues savants et amateurs en provenance de toute la Franche-Comté et parfois au-delà, les membres de la Commission nommés depuis sa création jusqu’à son démantèlement sont passionnés d’archéologie, désirant mettre en valeur le patrimoine archéologique franc-comtois, de ce fait nombre d’entre eux étaient « antiquaires » ou collectionneurs d’antiquités.
Il s’agit de notables de la ville et de la région, qui exerçaient des professions diverses dont on peut notamment lister un architecte, un archiviste, un avocat, un ecclésiastique, un enseignant, un ingénieur, un juge, un médecin, un militaire et un propriétaire terrien. Leurs contributions aux travaux de la Commission n’étaient pas forcément liées à leurs professions, mais plutôt à leur érudition en histoire et en archéologie puisqu’elle-même n’était pas une discipline constituée.
Travaux de la Commission

Ces travaux étaient alors publiés par la Commission et souvent par la Société d’Émulation du Doubs, société savante établie dans la région et dont les publications englobaient différents domaines scientifiques, de la chimie à la sociologie. Souvent, des échanges de publications étaient effectués avec d’autres institutions afin de contribuer à la diffusion des connaissances et de la recherche.
Les publications de la Commission concernaient surtout l’étude d’objets de sa collection, les fouilles, ainsi que des dessins et plans.
Le restant de son activité était lié à l’établissement, puis à la gestion du Musée des Antiquités de Besançon, d’où une recherche constante de nouvelles acquisitions pour enrichir sa collection et développer les recherches archéologiques autour des objets collectionnés.

Dons au Musée
Le musée enrichit ses collections d’objets qui ne se limitent pas aux antiquités romaines et celtiques mais s’étendent au Moyen Âge, à la préhistoire et même aux civilisations d’Asie ou d’Afrique, comme en témoigne cette lettre de la comtesse de Turenne.
Si elle fait l’achat de nombre d’objets aujourd’hui encore conservés au musée, la Commission Archéologique procède également à des acquisitions grâce aux dons de monnaies et d’objets de la part de particuliers et d’institutions, mais aussi de ses propres membres qui offrent des objets issus de leurs collections personnelles, grâce aux fouilles qu’ils mènent et grâce aux achats aux ouvriers lors de suivis de travaux.

Correspondances au sujet de découvertes et fouilles
Régulièrement, le président ou le secrétaire de la Commission reçoivent des correspondances faisant rapport de certaines découvertes et fouilles entreprises par des membres ou dont ils auraient eu connaissance par une personne de leur entourage. Elles donnent des détails sur l’état et les circonstances de découverte d’objets antiques, généralement proposant leur avis archéologique, et invitant leurs interlocuteurs à venir sur place faire leurs propres constats.
Parfois les correspondants demandent même à la Commission d’être leur interlocuteur auprès des autorités municipales ou préfectorales afin d’obtenir des permis de fouilles pour les approfondir.
La place de la Commission

Une influence régionale et mise en valeur du patrimoine local
Dans la continuation de cette collaboration avec les archéologues menant des fouilles dans la région franc-comtoise et par volonté de développer l’archéologie comme discipline, la Commission se crée un rôle grandissant au sein de la communauté savante locale et ce, avec le soutien de la Société d’Émulation du Doubs, à laquelle elle est liée par des membres communs aux deux sociétés.
Le lien à la Franche-Comté est mis en évidence dans cette lettre de Montalembert qui fait part de son attachement personnel à la région et de l’importance de la mise en valeur de l’héritage historique. Par le biais de ses publications et la collection d’objets qu’elle constitue au musée, la Commission travaille à une véritable mise en valeur du patrimoine archéologique de la région.

Conflits externes, Alaise et Alésia
Cette lettre adressée à l’un des membres associés de la Commission évoque l’inquiétude pour ce patrimoine archéologique qui semble menacé par la création du Musée d’Antiquités National à Paris et dont le but était de regrouper une partie des collections d’antiquités de province. Ce projet renforce le besoin des sociétés savantes provinciales de s’affirmer par leur héritage archéologique.
La Commission n’est pas non plus épargnée par d’autres conflits extérieurs, notamment par la rivalité entre les régions de la Bourgogne et de la Franche-Comté lors du débat sur l’emplacement d’Alésia, qui fait éclater le monde de l’archéologie en France. En effet, une partie des acteurs de l’archéologie soutenait son emplacement comme étant à Alise-Sainte-Reine en Côte-d’Or (Bourgogne), tandis qu’une autre le soutenait comme étant à Alaise dans le Doubs (Franche-Comté). Pour ce dernier site, des fouilles avaient été entreprises en 1856 et des débris d’armes avaient été découverts, ce qui renforçait ceux qui affirmaient que c’était le lieu de la bataille d’Alésia.
Le destinataire de cette lettre, Jules Quicherat, défend avec ferveur Alaise, pour une Alésia franc-comtoise. Actuellement, il est établi que le site d’Alésia se situe bien à Alise-Sainte-Reine en Côte-d’Or et les recherches l’attestent sans ambiguïté.

Conflits internes
Avec ce conflit autour d’Alésia, des tensions entre Clerc et Vuilleret semblent se mettre en place et grandir en importance. Vuilleret y fait allusion dans sa lettre à l’abbé Châtelet en 1861, lorsqu’il déclare : « notre président ne pense pas qu’il puisse y avoir en Franche-Comté d’autres historiens que lui » puisque Clerc semblait vouloir imposer son point de vue sur la question, mais les détails de cette dispute sont assez ambigus.
Par la suite, en 1874, un nouveau conflit opposant Vuilleret, qui est alors conservateur du musée, et Auguste Castan, directeur de la bibliothèque municipale aussi bien qu’archéologue, éclate au sujet d’une collection d’objets se trouvant à la bibliothèque et que Vuilleret tente de faire transférer au musée, sans succès. Cette fois-ci, les tensions mènent à la démission de Vuilleret en 1878.
Nouvelle Commission

Après cette démission, le conseil municipal de la ville prend la décision en 1879 de reconstituer une nouvelle Commission des Antiquités. Le maire de la ville de Besançon est alors nommé président et Castan vice-président.
En 1884, Alfred Ducat (membre correspondant de la Commission dès 1849) est nommé conservateur du musée.
De sa démission jusqu’à sa mort en 1883, Vuilleret conserve une partie des archives de la Commission, en refusant de les partager malgré les demandes qui lui sont faites ; une partie sera cependant restituée par ses enfants à son décès.
Malaak Abu Hmaidan
Etudiante en Histoire - Cursus Master en ingénierie
Université de Franche-Comté, licence 1ère année
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