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 « A la loupe » (2021)

Pharmacopée et recettes anciennes, du Moyen-Age au XVIIIe siècle

Ms 468

Les manuscrits contenant des recettes mêlent généralement, dans diverses proportions, les recettes pratiques liées à la vie quotidienne (recette pour faire de l’encre, pour faire du mastic, pour se débarrasser des rats…), les recettes culinaires (avec une large prédominance des « ratafias » et autres eaux de vie) et les recettes médicales. Ce sont des livres variés, tenus parfois sur plusieurs générations : les ajouts de recettes d’une main différente ne sont pas rares. En voici quelques exemples, tirés des collections bisontines.

Ms 58. Bréviaire romain, à l’usage des frères mineurs. Fin du XIVe siècle

Ms 58, f. 632 v°

Ce bréviaire de la fin du XIVe siècle porte, au verso du dernier feuillet (f. 632 v°), trois recettes : une contre la peste, une autre contre les fièvres, la 3e pour guérir le catarrhe. Cette disposition montre bien que ces recettes peuvent être inscrites sur un des rares livres possédés par un individu et contenant l’essentiel : prières, calendrier, recettes importantes. Ce livre est de petite taille, maniable, transportable et constitue un bien précieux pour son possesseur. 

Ms 468. Recettes médicales. Début du XVe siècle

Ms 468 : reliure de réemploi

Ce manuscrit a appartenu à Jacques Bonvalot, comme le montre l’ex-libris au f. IV verso : « Pour Jaques Bonvallet ». Jacques Bonvalot, originaire de Besançon, est le beau-père de Nicolas Perrenot de Granvelle, garde des sceaux de l'empereur Charles-Quint.

On ne sait pas grand-chose de l’auteur de ce texte : il peut s’agit d’un médecin rendant compte de son expérience de la pharmacopée, mais ce recueil peut tout aussi bien être une traduction de textes latins non identifiés. 

L’écriture change au cours du texte, soit que la personne ait repris l’écriture de son manuscrit lors d’une période ultérieure, soit que quelqu’un d’autre ait continué ce travail de rédaction. Il s’agit d’un traité général de médecine, d’une étendue très vaste puisqu’il traite de petits maux comme la toux ou une écharde, mais aussi de la peste.

Ms 468 : Table des matières

Il comprend une table des matières qui recense les 177 recettes. Elles sont de manière générale classées, et portent parfois la mention « probatum est » (ou encore « approuvé »), preuve que ces recettes ont été utilisées et que leur efficacité a été mise à l’épreuve.

On retrouve dans ces préconisations l’usage courant de la saignée, en parallèle avec l’usage des plantes dans des remèdes de consistances diverses (onguents, mais surtout régime spécifique ou breuvages adaptés). 

  

Voici deux exemples de remèdes

Ms 468, f. 2

f. 2 : « Pour garir de janisse [jaunisse]  

« Prenez de la grande consoude, de la velvete austant de lung comme de l’autre de rasure de corne de serf de saffran et destramper en vin blanc et passer ou laisser resseoir que vault bien mieulx et boyre à matin, après disner, au soir, sept ou huit foys tant que ledit breuvaige durera. » 

Ms 468, f. 5

f. 5 : « Contre la toulz

« Prenez devers le soir au coucher deux ou trois figues roties en une brouchete et les manger toutes chaudes sans boyre et aller coucher en ce point sans boyre et seres garir. » 

Ms Chiflet 132. « Recueil manuscrit de divers secrets », formé par Jules Chiflet. XVIe-XVIIe siècles

Ms Chiflet 132, f. 2

Le manuscrit Chiflet 132 apparaît comme plus professionnel que les précédents : il mêle des remèdes communs (« pommade pour blanchir les mains, et les rendre douces », remède contre la couperose…), des remèdes de type médical et des recettes alchimiques. Ces pages proviennent des cabinets médicaux de Jean et de Jean-Jacques Chiflet, aïeul et père du collecteur de ce recueil. On y trouve des références médicales de grande renommée : Félix Platter de Bâle y écrit un remède alors qu’il se trouve à Besançon en octobre 1559 : « Aqua pro rubedine oculorum et lachrimis » (eau pour soulager les rougeurs des yeux et les larmes). Platter est un célèbre médecin, anatomiste et botaniste suisse.

Les diverses écritures font penser que cet ensemble composite a été rédigé au fil des ans et des expériences des Chiflet, aux XVIe et XVIIe siècles. Par ailleurs, les textes sont indifféremment rédigés en français ou en latin.

Ms 401. « Recueil de divers secrets et expériences de phisique », XVIIIe siècle

Ms 401, f. 420 v°

Le manuscrit Ms 401 date du milieu du XVIIIe siècle. Il contient surtout des recettes domestiques, à la suite d’un traité savant du Père Colomban de Saint-Etienne (sur l’art oratoire, l’art poétique et les symboles). Ces recettes semblent liées à l’art de l’écriture : « pour faire des lettres d’or sans or » (f. 420 verso) ; « pour faire revivre les lettres » (en marge, il a été noté : « expérimenté »). 

Mais on y trouve aussi la manière de faire de l’amidon et, surtout, la fameuse eau des carmes, ou de mélisse, ce qui n’a rien d’étonnant puisque le Père Colomban de Saint-Etienne appartenait à cet ordre des carmes. L’eau de mélisse des carmes, qui existe depuis 1611, permet de soulager les maux digestifs ainsi que la nervosité.

Ms Z 608. Livre de recettes pour liqueurs et remèdes très faciles à faire, XVIIIe siècle

Ms Z 608, p. 76 : "recette des croquets de Gray"

Comme beaucoup d’autres, ce manuscrit du XVIIIe siècle mêle recettes culinaires, recettes médicales et recettes domestiques. A titre d’exemple, on y trouve la « manière de préparer les langues de bœuf » (p. 63), la recette des croquets de Gray, dictée par le père Jobert, capucin (dont le père était marchand épicier à Gray) (p. 76), une recette de biscuits, ou encore « d’eau d’anis, simplement par infusion »

A plusieurs reprises, les personnes ayant transmis leur savoir sont citées. Outre le père Jobert qui a donné la recette des croquets de Gray, on croise au fil du texte un certain M. Husson qui a indiqué un remède pour faire passer la fièvre ; Dom Le Clerc, religieux bénédictin de l’abbaye du Bec en Normandie, qui a testé et transmis la recette d’un onguent qui, à lire la description de ses vertus, semble presque miraculeux : 

« ce qui le rend le plus admirable, c’est qu’il tire par transpiration et sans faire aucune playe, ny ouverture, toutes les mauvaises humeurs de la tête qui cause l’esquinancie, les fistules lacrimales, les abcès, les érésipèdes, les fluxions, les douleurs de tête, l’épilepsis naissante, les restes d’apoplexie, la perte de la vue, de l’ouïe et de la parole, de la raison et de toutes les maladies de la tête qui proviennent d’abondance d’humeur ». 

Sa fabrication est la suivante : « une livre de graisse de bouc ; une livre de poix de Bourgogne ; une livre de poix raisin ; 5 onces de poix navalle ou goudron. Faire bouillir le tout sur un fourneau pendant une heure, puis jeter dedans deux gros d’oliban ou encens male en poudre bien tamisée, en remuant bien le tout jusqu’à ce qu’il soit bien incorporé. » 

Ms Z 608

Ce manuscrit est très probablement lié à une famille de Franche-Comté, car un certain nombre de recettes proviennent de personnes de cette région : outre les croquets de Gray déjà cités, on trouve un remède donné par « Mad. Bulloy, sage femme à Besançon », une citation d’une lettre de l’intendant Lacoré, ou encore un remède donné « par M. Rousset de Bréville avocat à Besançon ». Ce recueil a été enrichi au cours du temps : il a été écrit par plusieurs mains, sans doute entre le XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle.  

Ms Z 824. Recettes médicinales et domestiques, XVIIIe-début XIXe siècle

Ms Z 824, f. 6 : "Contre la morsure de vipère et scorpion"

Le manuscrit Ms Z 824 contient une cinquantaine de recettes, mêlant remèdes médicinaux et astuces pour la vie quotidienne : étonnamment, une recette contre la peste avoisine un conseil pour empêcher le bois de fumer ou pour éloigner les mouches… Autant de petits conseils parfois bien peu sérieux : l’odeur du laurier est censée protéger de la peste ; et pour se préserver des rhumatismes, l’auteur suggère de s’envelopper dans de la toile cirée réchauffée.

Contre la morsure de vipère et de scorpion, la solution préconisée est particulièrement surprenante : « Tenir sur la piqûre un scorpion, ou une tête de vipère écrasée, et par ce moyen le poison qui par une espèce de filtration s’avançait pour gagner le cœur, retourne en arrière sur ses pas, et revient à sa principale source, où il y en a plus grande quantité, et laisse la partie blessée délivrée de ce venin ». (f. 6).

  

Dans la multiplicité des conseils, on trouve par exemple « comment prendre des oiseaux » : l’auteur suggère de faire tremper les graines pour nourrir les oiseaux dans de l’eau-de-vie, afin de les étourdir et de les capturer plus facilement…

On trouve tout de même des recettes plus communes et moins fantaisistes : le ratafia de fleur d’orange, le sirop d’orgeat, ratafia de coings (les divers alcools semblent occuper une place privilégiée dans les recettes culinaires). 

Pour conclure

La plupart de ces documents montrent la circulation des recettes, des « trucs et astuces » qui s’échangent entre amis, au sein de la famille : pour la plupart d’entre eux (mis à part le volume des Chiflet), ce ne sont pas des remèdes de professionnels. Ces recueils sont d’ailleurs rédigés au fil de la plume, sans ordre ni classement, et enrichis au fil des expérimentations et des échanges entre proches. Ils contiennent un mélange de pharmacopée, de recettes culinaires et de préparations de produits à destination domestique, ce qui est très courant à l’époque.

Si les conseils médicaux sont parfois fantaisistes, ces écrits témoignent d’une culture où l’on fabrique majoritairement soi-même les produits utiles au quotidien (savon, amidon, encre), les eaux-de-vie, et même certains remèdes. Un mode de vie bien différent du nôtre !

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