« A la loupe » (2014)
La violence au Moyen Age
« Quand les champions furent entrés dans la lice qui avait été préparée près de Saint-Martin-des-Champs (à Paris), au moment où de nombreux spectateurs attendaient le combat et où les deux adversaires mettaient la lance en arrêt, le roi et les princes qui se trouvaient là leur défendirent d’aller plus loin. »
Ce match France-Angleterre de juillet 1383 n’eut donc pas lieu, car le défi lancé par le chevalier anglais risquait de dégénérer, et le roi « ne voulut pas souffrir que, sans querelle ou occasion aucune, lesdits chevaliers se combatissent. »

Cet épisode apparaît tout à la fin de ce livre d’histoire (chronique) qui s’arrête en 1384. C’est alors la Guerre de Cent Ans entre la France et l’Angleterre (1337-1453) : fleurs de lys contre léopards.
L’autorité du roi de France est affaiblie par des défaites militaires, l’époque est troublée par la peste noire (1348). Des révoltes urbaines et paysannes éclatent en 1358.

Lors de la Grande Jacquerie, les paysans révoltés d’Ile-de-France sont tout d’abord victorieux. L’enlumineur les a représentés ici comme des sauvages (massue), leur armement est hétéroclite. Ils se livrent au massacre des nobles, femmes et enfants compris.

La répression est sanglante. Sur l’image, on voit les Jacques qui s’écroulent tous au premier coup d’épée, ce qui montre qu’ils n’avaient aucune chance contre des chevaliers bien équipés et entraînés, et aussi que leur combat n’était pas légitime selon l’enlumineur.

En 1358, les bourgeois de Paris se sont eux aussi révoltés contre les nobles et contre le roi. Ils envahissent le palais royal, assassinent les maréchaux, et leur chef Etienne Marcel oblige le dauphin à porter un chapeau rouge et bleu aux couleurs de Paris.
La même scène aura lieu en 1792 avec Louis XVI forcé de porter le bonnet phrygien avec la cocarde tricolore !

Etienne Marcel ne réussit finalement pas à détrôner le dauphin (futur Charles V). Il finit assassiné par ses propres partisans devant la porte Saint-Antoine. L’enlumineur l’a représenté face contre terre, en signe de lâcheté face au danger.

Ce livre est donc destiné à prouver la légitimité du pouvoir du roi de France, représenté ici en justicier. Il a été réalisé pour lui, et pour l’éducation des princes.
On y trouve à la fois l’histoire du monde depuis sa création, les grands rois de l’Antiquité, des fables d’Esope, et beaucoup de récits d’exécutions publiques de ceux qui ont trahi le roi.

Exemple de mauvais roi : pour avoir détruit le temple de Jérusalem, et déporté les Juifs à Babylone, le roi Nabuchodonosor est puni par Dieu, qui le transforme en animal. On l’a représenté ici avec sa couronne pour mieux le ridiculiser.

Supériorité du modèle du roi chrétien : l’empereur romain demande à la Sibylle s’il y aura un roi plus grand que lui. Elle lui répond en lui montrant un arc-en-ciel «c’est-à-dire l’autel du ciel», qui annonce la naissance de Jésus-Christ. L’empereur romain renonce alors à se faire adorer comme un dieu.

Fables d’Esope.
« Et quand le loup vit l’agneau boire, il lui dit pourquoi me troubles-tu l’eau ? Et comme eut dit l’agneau : te puis-je troubler l’eau, car elle vient de toi à moi ?
Le loup va dire moult âprement «le mauvais larron, encore parles-tu à moi ?
Et cela dit, il prend l’agneau par la gorge et l’étrangle. Ainsi fait-on aux innocents qu’on veut grever sans cause. »

Philippe-Auguste (1180-1223). C’est le modèle du bon roi qui amène la paix et la prospérité dans le royaume : il fait paver ici les rues de Paris, et il sait aussi imposer son pouvoir par les armes.

A l’origine de la Guerre de Cent Ans, il y a une crise de succession dynastique. Les trois fils de Philippe le Bel se succèdent entre 1314 et 1328, mais ils meurent sans héritier légitime.
En particulier, une affaire d’adultère est venue compliquer leur succession en 1314 : deux de leurs épouses eu des amants (dans la tour de Nesle, d’après la légende). Philippe d'Aunay est l'amant de Marguerite de Bourgogne (l’épouse de Louis X depuis 1305) et son frère Gauthier est l'amant de Blanche de Bourgogne (l’épouse de Charles IV depuis 1308).

« Pour lequel crime les deux chevaliers furent écorchés tous vifs et leurs génitailles coupées et puis furent trainés et pendus, et les dames moururent en prison à grande douleur. » (en 1315 et 1326)
Le supplice des deux chevaliers est à la hauteur de leur crime de lèse-majesté. C’est la raison d’Etat qui dicte l’horreur du supplice.

Finalement, c’est Philippe VI de Valois (neveu de Philippe le Bel) qui devient roi en 1328, choisi par les grands aristocrates au détriment du roi d’Angleterre Edouard III (petit-fils de Philippe le Bel).
Un arbre généalogique des rois de France vient compléter la chronique historique. Il s’arrête avec Philippe VI.

Autre crise de succession évoquée dans ce livre : le passage de la dynastie des Carolingiens à celle des Capétiens (987). Ici, la bataille de Soissons en 923, avec le grand-père d’Hugues Capet, Robert Ier, et le roi carolingien contesté, Charles le Simple.

Pour finir sur une note plus gaie, notons que les robes des princesses deviennent très ajustées au XIVe siècle, notamment grâce à l’invention de la boutonnière. Finis les grands drapés, c’est le début de la mode !
Nous retrouvons ici Blanche, l’épouse infidèle de Charles IV, et Jeanne, sa fille née de son remariage en 1315.
Ces images sont les enluminures du Ms 677, qui sera présenté le jeudi 26 juin 2014 à 18h, à la Bibliothèque d'Etude et de conservation.
Bibliographie : Christiane Raynaud. La Violence au Moyen Age : XIIIe-XVe siècle d'après les livres d'histoire en français (1991). Cote BM Etude 317366.