« A la loupe » (2020)
Les aventures d'un naturaliste au XVIe siècle : Pierre Belon
L’un des premiers voyageurs scientifiques, Pierre Belon, né en 1517, est un autodidacte : né près du Mans, à la Soultière (où sa maison natale existe toujours), dans une famille modeste, il est d’abord garçon apothicaire au service de René du Bellay, évêque du Mans. Remarqué pour ses qualités intellectuelles, il est envoyé à l’université de Wittemberg et à celle de Padoue de 1540 à 1542 où il suit notamment les cours du naturaliste Valerius Cordus, mais sans aller au-delà de la licence de médecine. De retour en France, protégé du cardinal François de Tournon, il fréquente la cour et de 1546 à 1549 accompagne deux ambassadeurs envoyés par François Ier auprès de Soliman II le Magnifique ; lors de ce voyage au « Levant » (Grèce, Turquie, Egypte, Palestine et Arabie), on ignore si Belon y eut un rôle exclusivement de naturaliste ou également d’agent diplomatique.
De retour en France, il met en forme et publie ses souvenirs de voyage en 1553. Il donne des cours de médecine et effectue divers déplacements motivés par des recherches naturalistes, en Angleterre, en France, en Suisse et en Italie, où s’exerce la curiosité de son regard passionné par la diversité du monde et de la nature : de 1551 à 1555, il publie un traité sur les poissons, un traité sur les oiseaux et un ouvrage sur les conifères. Belon contribue à transformer le paysage français en introduisant de nouvelles espèces (le platane et le lilas notamment) dont il expérimente l’acclimatation dans le parc du château de Boulogne avec l’accord du roi Charles IX. C’est dans ce parc qu’il meurt assassiné à 47 ans en 1564 dans des circonstances non éclaircies.
Un récit de voyage naturaliste

Les Observations de plusieurs singularitez et choses mémorables trouvées en Grèce, Asie, Judée, Égypte, Arabie et autres pays estranges sont publiées en 1553, illustrées de gravures sur bois d’après les propres dessins de Belon, et seront rééditées l’année suivante. Belon y décrit notamment la faune et la flore des pays traversés.

Il évoque les nombreux animaux qu'il a rencontrés au cours de ses voyages. Certains ne sont, à l'époque, connus en Europe que par de vagues descriptions et on les confond souvent avec des animaux fabuleux : ainsi, le rhinocéros, la panthère ou l'éléphant. Belon, lui, a vu des lions à Constantinople, une girafe au Caire (et il en fournit une bonne description). En Égypte, il a observé des gros singes, dont des babouins, dressés par des bateleurs. Les crocodiles du Nil, les caméléons, les gazelles et les chameaux ont retenu son attention.
L’ornithologue

Belon fait paraître en 1551 son Histoire de la nature des oyseaux, avec leur description et naïfs portraicts retirez du naturel.
Il classe les oiseaux selon la méthode d’Aristote, en fonction de leur comportement et de leur anatomie : oiseaux de proie, oiseaux d’eau, oiseaux omnivores, petits oiseaux divisés en insectivores et granivores. Ses descriptions s’appuient sur ses propres observations, et il s’intéresse à la répartition géographique des oiseaux comme à leurs migrations saisonnières (il est le premier à signaler que les cigognes passent l'hiver en Égypte et en Afrique du Nord) ; il a visiblement pratiqué de nombreuses dissections, notamment de jabots, pour étudier leur mode d’alimentation. Il compare les becs et les serres, tente de rassembler des formes anatomiques communes.
Une des gravures présente côte à côte le squelette d’un humain et d’un oiseau : c’est la marque d’un esprit curieux qui s’interroge sur les similarités des structures osseuses de deux organismes – mais sans en tirer pour autant d’autres conclusions (Pierre Belon n’a aucune notion de l’évolution). C’est la première tentative d'anatomie comparée mais sans suite : l’idée ne sera reprise que quelques centaines d'années plus tard par Félix Vicq d’Azir et Étienne Geoffroy Saint-Hilaire.

En 1557 Guillaume Cavellat, l’éditeur de l’ouvrage, a l’idée de réunir ce texte sur les oiseaux avec le récit de voyage de Belon en un seul ouvrage, sous le titre de Portraits d'oyseaux, animaux, serpens, herbes, arbres, hommes et femmes, d'Arabie & d'Egypte, en le centrant sur l'histoire naturelle.
L’ichtyologue

Pierre Belon est le premier à publier en 1551 un ouvrage d’ichtyologie qui soit une véritable étude exhaustive ; avec Guillaume Rondelet (1507-1566) et Ippolito Salviani (1514-1572), il créé l’ichtyologie moderne ; leurs découvertes originales connaissent un large succès.

Belon publie trois ouvrages sur les poissons : deux en français et un en latin : L'histoire naturelle des estranges poissons marins, avec la vraie peincture et description du daulphin, et de plusieurs autres de son espèce, en 1551, De aquatilibus cum eiconibus ad vivam ipsorum effigiem [Les êtres aquatiques, avec des images les représentant vivants autant qu’il a été possible] en 1553 et La Nature et diversité des poissons, avec leurs pourtraicts représentez au plus près du naturel, en 1555.

Le terme de poisson regroupe tous les animaux marins ou aquatiques : de la baleine à l’otarie, du requin au goujon, du crustacé à l’anémone de mer, en passant par l’hippopotame ou la loutre, jusqu’au caméléon.
Il tente cependant d'établir un embryon de classification, en évoquant les vrais poissons et leurs subdivisions basées sur des observations anatomiques : cartilage ou squelette ; animal ovipare ou vivipare (il range le dauphin parmi les poissons mais constate que cet animal a des mamelles abdominales et montre que l'anatomie de son cerveau du dauphin est proche de celle du cerveau humain). Il décrit 175 espèces de poissons, dont certains alors inconnus des savants européens.
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