« A la loupe » (2014)
Les villes invisibles. Italo Calvino illustré par Trignac
« Si l’on demande à un quelconque habitant de Zénobie* de nous dire comment il verrait le bonheur de vivre, c’est toujours une ville comme Zénobie qu’il imagine, avec ses pilotis et ses échelles. (...) Zénobie est à classer parmi les villes qui continuent au travers des années et des changements à donner leur forme aux désirs. »
*Zénobie, d’après le nom de la "reine de Palmyre" (267-273).
Ce livre de Calvino est une méditation poétique sur la ville, illustrée dans cette belle édition par les gravures de Trignac.
Texte d’Italo Calvino, 1972, trad. Jean Thibaudeau en 1974.
Edition pour bibliophile, Paris : les Amis du Livre contemporain, 1993.
Avec l'aimable autorisation de l'illustrateur.

« A ce moment, Kublai Khan s’attend que Marco parle d’Irène comme on la voit de l’intérieur. Mais Marco ne peut le faire. (...) La ville pour celui qui y passe sans y entrer est une chose, et une autre pour celui qui s’y trouve pris et n’en sort pas ; une chose est la ville où l’on arrive pour la première fois, une autre celle qu’on quitte pour n’y pas retourner ; chacune mérite un nom différent ; peut-être ai-je déjà parlé d’Irène, sous d’autres noms ; peut-être n’ai-je jamais parlé que d’Irène. »
Le narrateur est Marco Polo, qui raconte ses voyages à l'empereur de Chine.
Irène, dans « Les villes et le nom », p. 72

« La ville est redondante, elle se répète jusqu’à ce que quelque chose se grave dans l’esprit. (...) La mémoire est redondante : elle répète ses signes pour que la ville commence à exister. »
Zirma, d’après un nom de ville portugaise.

« Une forêt de tubes qui se terminent en robinets, en douches, en siphons, en trop-pleins. Contre le ciel resplendit un lavabo ou une baignoire ou d’autres faïences, comme des fruits tardifs demeurés dans les arbres. (...) Au soleil brillent les filets d’eau qu’éparpillent les douches, et les jets des robinets, les giclées d’eau, l’écume des éponges, les éclaboussures. (...) A toute heure, levant les yeux parmi les canalisations, il n’est pas rare de découvrir une jeune dame ou plusieurs, sveltes et de petite taille, qui lézardent dans les baignoires. (...) Le matin, on les entend qui chantent. »
Armille, d’après le nom d’une petite moulure qui entoure un chapiteau dorique.

« Pourtant tu entends parler surtout de la Zemrude d’en-haut surtout par ceux qui se la rappellent pour s’être enfoncés dans la Zemrude d’en-bas, parcourant tous les jours les mêmes morceaux de rue et retrouvant le matin la mauvaise humeur de la veille collée au pied des murs. »

« Echelles de cordes, hamacs, maisons en forme de sacs, porte-manteaux, terrasses semblables à des nacelles, outres pour l’eau, (...) vases de plantes aux feuillages qui pendent. (...) Suspendue au-dessus de l’abîme, la vie des habitants d’Octavie est moins incertaine que dans d’autres villes. Ils savent que la résistance de leur filet a une limite. »
Octavie, d’après le nom de la sœur de l’empereur Auguste.

« A Sméraldine, ville aquatique, un réseau de canaux et un réseau de rues se superpose et se recoupe. (...) Les chats de Sméraldine, les voleurs, les amants clandestins suivent les chemins les plus haut perchés et les moins continus, sautant d’un toit sur un autre, se laissant tomber d’une terrasse sur un balcon, contournant les gouttières d’une démarche de funambule. »
Sméraldine, d’après la pièce de Goldoni Arlequin valet de deux maîtres (1718).

« Plutôt qu’aux choses qui chaque jour sont fabriquées, mises en vente et achetées, l’opulence de Léonie se mesure à celles qui chaque jour sont mises au rebut pour faire place à de nouvelles. (...) Il est certain que les éboueurs sont reçus comme des anges, et leur mission (...) est entourée de respect silencieux, comme un rite qui inspire la dévotion, ou peut-être que plus personne ne veut penser à rien de ce qui a été mis au rebut. »

« Ce qui rend Argie différente des autres villes, c’est qu’elle a de la terre à la place de l’air. (...) Nous ne savons pas si les habitants arrivent à se déplacer dans la ville : l’humidité défait les corps et ne leur laisse que peu de force ; ils doivent rester immobiles et allongés, d’ailleurs il fait noir. »
Argie, d’après la pièce d’Alfieri Antigone (1783).

« Comme un lac aux rives basses qui se perd dans des marais, Penthésilée se répand sur des milles aux alentours, en un bouillon urbain délayé dans la plaine : immeubles insipides qui se tournent le dos dans des prés mal peignés, entre des palissades de planches et des toits de tôle ondulée. (...)
- La ville, demandes-tu en insistant.
- Nous venons ici tous les matins pour travailler, répondent les uns. Et les autres :
- Nous revenons ici pour dormir.
- Mais la ville où on vit ? demandes-tu. »
Penthésilée, d’après le nom de la reine des Amazones (mythologie grecque).
Autres gravures de Gérard Trignac conservées à la Bibliothèque municipale de Besançon :
- Le Port, 1996. Cote Est.G.706 BM Etude
- L'Entrepôt, 1997. Cote Est.M.260 BM Etude
- Cité lacustre, 1998. Cote Est.P.252 BM Etude
- La Fontaine, 1998. Cote Est.P.253 BM Etude
- L'embarquement pour Cythère, 1998 (1er état, ex. 5/15). Cote Est.G.705 BM Etude
- L'embarquement pour Cythère, 1998 (ex. 88/100). Cote Est.G.704 BM Etude
- L'Eglise, 1999. Cote Est.P.254 BM Etude
- Le Refuge, 1999. Cote Est.P.251 BM Etude
- Zone portuaire, 1999. Cote Est.G.708 BM Etude
- La cité aux mille tours, 2000. Cote Est.G.707 BM Etude
Album de gravures de Trignac :
Les portes du silence : Gérard Trignac, oeuvre gravé / préface de Robert Coustet.- Bordeaux : William Blake & Co., 2004
Cote 16396 BM Etude
Autres gravures inspirées par Les Villes invisibles ; textes en italien et en anglais