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 « A la loupe » (2022)  

Estampes et horlogerie : la collection d'Edouard Gélis

1953.7.460 – Antoni Zürcher d’après Adrian Van de Venne, Dialogue entre la mort et un vieil homme, vers 1790-1798, taille-douce sur papier

1953.7.460 – Antoni Zürcher d’après Adrian Van de Venne, Dialogue entre la mort et un vieil homme, vers 1790-1798, taille-douce sur papier

La collection Gélis est l’un des fleurons de la collection horlogère du musée du Temps. Pourtant, la majorité des 2500 œuvres qui constituent ce fonds ne sont pas des montres ou des horloges, mais des documents graphiques. Ils permettent ainsi d’évoquer les liens entre gravure et horlogerie.

47MDT4 – Schéma d’un  échappement à foliot par Edouard Gélis
47MDT4 – Schéma d’un échappement à foliot par Edouard Gélis

Edouard Gélis, horloger et historien

Edouard Gélis (1879-1955) est originaire de Toulouse, ville dans laquelle il fait son apprentissage du métier d’horloger. Après un séjour à Londres, il s’installe à Paris et se consacre à la petite mécanique et aux travaux de précision. Progressivement, Edouard Gélis constitue une vaste collection de montres, horloges et outils. Il devient aussi consultant expert en horlogerie pour des institutions et musées. Il affine sa connaissance historique de cette discipline en collectionnant également des estampes et des archives. 

Horlogerie ancienne, Edouard Gélis, 1949
Horlogerie ancienne, Edouard Gélis, 1949

En 1949, il publie L’Horlogerie ancienne, sorte de testament de sa vie de recherche, qui présente les plus belles pièces de sa collection. Cette collection a été divisée entre Toulouse et Besançon : en 1944, Edouard Gélis donne la plus grande partie à sa ville natale de Toulouse, qui la présente au Musée des arts précieux Paul-Dupuy. En 1951, 1952 et 1953, la Ville de Besançon achète à Gélis des pièces horlogères, de l’outillage et sa collection d’art graphique, conservés au musée du Temps. Une partie de ses archives de recherche ont aussi été données au musée par une descendante en 2006.

1953.7.1081 – Antoine Jacquard, modèle de décor de cadran de montre ovale, 1ère moitié du 17e siècle, burin sur papier
1953.7.1081 – Antoine Jacquard, modèle de décor de cadran de montre ovale, 1ère moitié du 17e siècle, burin sur papier

L’estampe comme modèle décoratif

La majeure partie de la collection d’arts graphiques Gélis se compose d’estampes datées des 16e, 17e et 18e siècles, avec une prédominance des techniques de la taille douce. Ces estampes ont été collectionnées par Gélis parce qu’elles faisaient partie du répertoire de modèles que les orfèvres ou émailleurs utilisaient pour la réalisation du décor des boîtes de montres ou des horloges. En effet, depuis la Renaissance, les artisans des arts décoratifs travaillent à partir de recueils de modèles gravés, l’estampe servant de moyen de diffusion des modes artistiques. 

La collection comporte aussi des reproductions imprimées, et des estampes qui font exception, n’ayant a priori aucun rapport avec l’horlogerie (par exemple une cinquantaine d’images d’Épinal). Peut-être parce que le collectionneur s’est pris au jeu et s’est également passionné pour l’histoire de l’estampe. 

1953.7.905 -  Modèles végétaux pour orfèvre et horloger, 17e siècle, burin sur papier
1953.7.905 - Modèles végétaux pour orfèvre et horloger, 17e siècle, burin sur papier

Des formats surprenants

Une des particularités de la collection est de comporter un grand nombre d’estampes de petite taille collées sur des planches regroupant jusqu’à 16 images. La petite taille des œuvres s’explique par leur utilisation : elles évitaient des mises à l’échelle complexes pour les artisans qui les utilisaient comme modèles pour le décor de petits objets tels que les montres. Certains graveurs du 16e siècle se sont même spécialisés dans la production de gravures de petite taille, notamment les « Petits Maîtres allemands » (traduction erronée de l'allemand : Kleinmeister - « Maîtres du petit »), bien représentés dans la collection. 

1953.7.899 à 907 -  Modèles végétaux pour orfèvre et horloger, 17e siècle, burin sur papier
1953.7.899 à 907 - Modèles végétaux pour orfèvre et horloger, 17e siècle, burin sur papier

La disposition des estampes d’Edouard Gélis sur ces planches résulte de son travail de recherche : il compare les estampes au fur et à mesure de l’enrichissement de sa collection, les classe par nature ou par auteur et les rapproche de décors de montres.  

304 Mesnage (achat Gélis) - Horloge de mur à poids, anonyme, 1ère moitié du 18e siècle, cuivre gravé
304 Mesnage (achat Gélis) - Horloge de mur à poids, anonyme, 1ère moitié du 18e siècle, cuivre gravé

 

Il est possible de mettre directement en parallèle certaines de ces estampes et le décor d’objets collectionnés par Gélis. Par exemple, cette planche d’estampes anonymes du 17e siècle présente des ornements végétaux très semblables à ceux de cette horloge de mur.   

1953.7.1344.1 – Etienne Delaune, MUSIQUE, 16e siècle, burin sur papier
1953.7.1344.1 – Etienne Delaune, MUSIQUE, 16e siècle, burin sur papier

Orfèvre et graveur à la Renaissance

Etienne Delaune  (vers 1518 - vers 1583), artiste célèbre de la Renaissance, est bien représenté dans cette collection, dont environ deux cents estampes pourraient lui être attribuées. Delaune était orfèvre, mais il est surtout connu pour son travail de graveur qui a beaucoup inspiré les arts décoratifs de son époque. Edouard Gélis, dans L’Horlogerie ancienne, évoque d’ailleurs son influence sur le décor des boîtes de montre. Sa collection comporte un exemple qui le prouve : l’estampe allégorique MUSIQUE est le modèle du décor gravé d’une boîte de montre conservée au musée du Temps.

1951.25.1 – Anonyme, boîte de montre, 4e quart du 16e siècle, cuivre doré et gravé
1951.25.1 – Anonyme, boîte de montre, 4e quart du 16e siècle, cuivre doré et gravé

La double pratique de l’orfèvrerie et de la gravure n’était pas une rareté : l’apprentissage des orfèvres comportait un solide enseignement du dessin, et ces derniers utilisèrent les premiers le burin, outil réutilisé dans le domaine de l’estampe pour graver sur une plaque de métal un motif ensuite imprimé sur le papier.    

Emailleur et graveur

Un autre artiste intéressant à propos des liens entre horlogerie et estampe est Jean Toutin (1578-1644). Il est représenté dans la collection Gélis par des reproductions uniquement. Jean Toutin était orfèvre à Châteaudun et a mis au point la technique de la peinture sur émail sur des objets de très petite taille, très prisée en horlogerie pour le décor des boîtes de montres ou des cadrans. Il était aussi dessinateur et il a gravé à l’eau forte. Ses estampes représentent des scènes de genre souvent humoristiques et grotesques, des insectes ou animaux et des médaillons d’orfèvrerie. 

1953.7.943-945 - Jean Toutin, reproductions imprimées d’estampes de 1618.

1953.7.943-945 - Jean Toutin, reproductions imprimées d’estampes de 1618.

Le thème mythologique

Ayant inspiré nombre d’artistes de la Renaissance, les sujets mythologiques sont logiquement très présents dans la collection Gélis. Par exemple, des estampes d’Hans Sebald Beham (1500-1550) représentant les Douze Travaux d’Hercule peuvent être rapprochées du décor d’une horloge de table de la collection Gélis, figurant Hercule et le lion de Némée. 

1953.7.1005 – Hans Sebald Beham,  Hercule et le lion de Némée, 1545, burin sur papier
1953.7.1005 – Hans Sebald Beham, Hercule et le lion de Némée, 1545, burin sur papier
1952.1.36  – Anonyme, fond d’une boîte horloge de table figurant Hercule et le lion de Némée, 4e quart du 16e siècle, cuivre doré et gravé
1952.1.36 – Anonyme, fond d’une boîte horloge de table figurant Hercule et le lion de Némée, 4e quart du 16e siècle, cuivre doré et gravé
1953.7.381 – Peter Flötner, L’heure de la mort, 16e siècle, taille d’épargne sur papier.
1953.7.381 – Peter Flötner, L’heure de la mort, 16e siècle, taille d’épargne sur papier.

 Allégories macabres et vanités

La collection Gélis comporte beaucoup d’estampes allégoriques, et certaines sont des allégories macabres, que l’on peut rapprocher de la vanité, genre artistique très prisé au 17e siècle. Le thème de la mort et du temps qui passe intéressait Edouard Gélis quand il était évoqué par un instrument de mesure du temps : le sablier ou l’horloge, symbole de la fuite inéluctable du temps, souvent brandi par un squelette.  

1953.7.131 – John Hinton (éditeur), The art of makeing clocks and Watches, 1748, burin sur papier
1953.7.131 – John Hinton (éditeur), The art of makeing clocks and Watches, 1748, burin sur papier

Représentations d’horlogers au travail

Un autre axe de la collection de Gélis est la représentation de pièces horlogères ou d’horlogers au travail. L’illustration de presse The Art of Making Clocks & Watches, publiée en 1748 dans le Universal Magazine en Angleterre, figure l’ensemble de l’univers horloger. Elle représente à la fois l’artisan à son établi avec son outillage, une horloge de parquet, une horloge murale, des schémas techniques sur le fonctionnement du mécanisme des pendules, qui soulignent la complexité du travail horloger, et un atelier aux grandes fenêtres caractéristiques. 

1953.7.1792 – Mademoiselle Ginot-Desrois, Calendrier astronomique et perpétuel, 1860, carton imprimé
1953.7.1792 – Mademoiselle Ginot-Desrois, Calendrier astronomique et perpétuel, 1860, carton imprimé

Cartes et tables mobiles

Enfin, la collection Gélis contient quelques cartes du ciel mobiles ou des tables de calculs astronomiques articulées. Ces supports pédagogiques, édités par des éditeurs scientifiques du 19e siècle, permettent de mettre en relation des données astronomiques ou calendaires, essentielles pour les horlogers pour la définition de l’heure exacte. 

Textes : Camille Grandmaison et Yasmin Ducret

Crédits photographiques : © Besançon, musée du Temps (sauf 1951.25.1 et 1952.1.36 © musée du Temps, Pierre Guenat)

Pour aller plus loin...

  

  • Edouard Gélis, L'Horlogerie ancienne. Histoire, décor et technique, Paris, Gründ, [1950].
  • Michel Hayard, Chefs-d’œuvre de l’horlogerie ancienne. Collection du musée Paul-Dupuy de Toulouse, Somogy, 2004.
  • Estelle Leutrat, « La gravure d’ornement en France au XVIe siècle : les burinistes. Florilège. », Ornements : chefs-d’œuvre de la collection Jacques Doucet, Mare & Martin / INHA, 2014.
  • Graver la Renaissance. Étienne Delaune et les arts décoratifs, Éditions Rmn - Grand Palais, 2020.

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