« A la loupe » (2017)
Musées de papier
L’exposition des Archives municipales intitulée Besançon de papier s'est tenue du 16 septembre au 21 octobre 2017. Vous avez pu découvrir à cette occasion une trentaine de projets d’urbanisme oubliés qui n’ont pas été réalisés mais qui auraient profondément modifié la ville telle qu’on la connaît aujourd’hui… une piscine à Canot, un gigantesque monument en l’honneur de Victor Hugo sur la colline de Bregille, des bus souterrains pour traverser la Boucle…
Les archives de la ville de Besançon conservent notamment les traces d’un projet imaginé par l’architecte Maurice Boutterin (1882-1970) juste avant la première guerre mondiale : il s’agit de transformer le palais Granvelle pour y transférer les collections du Musée des Beaux-Arts. Retour sur cet ambitieux projet qui n’a jamais été réalisé…
Des collections éparpillées

Au début du XXe siècle, les collections des musées de Besançon forment un ensemble éclectique présenté au public dans deux bâtiments distincts : d’un côté de la ville, dans le musée aménagé dans l’ancienne halle aux grains selon les plans de l’architecte Marnotte sur la place Labourée ; de l’autre, dans quelques salles du palais Granvelle.
Depuis l’installation du musée des Beaux-Arts dans une partie de l’ancienne halle aux grains en 1843, le nombre d’œuvres conservées s’est considérablement accru et la place pour les stocker vient cruellement à manquer.
Transférer les collections des musées à Granvelle

Plusieurs projets se succèdent pour trouver une solution acceptable.
C’est dans ce contexte que Maurice Boutterin prend l’initiative, en 1910, de remettre à la municipalité un projet d’ensemble permettant de trouver une solution enfin satisfaisante. Il s’agit de regrouper l’ensemble des collections muséales à Granvelle (peinture, sculpture, musée Victor Hugo, collection Willemot, collection Pierre-Adrien Pâris, œuvres de Chartran, musée d’archéologie, musée d’arts appliqués, musée des industries régionales). Pour cela, il envisage un remaniement complet des bâtiments du Palais.

Dans les parties anciennes, seules la façade sur la Grande Rue et la cour avec les arcades sont conservées.
« […] en ce qui concerne l’architecture du nouveau Musée, j’ai l’intention de poursuivre ma première pensée qui consiste, non pas à continuer le style renaissance qui serait à notre époque un non-sens […] ; mais à enchâsser la partie intéressante du Palais Granvelle, ce vieux bijou renaissance que nous possédons, dans une bague de bâtiments, nécessaire au développement du Musée, mais forcément plus moderne d’architecture par destination »

Pour relier l’ancien et le nouveau bâtiment, « la tour d’angle, reliant l’ancien corps de bâtiment au nouveau, sera comme un trait d’union ». A partir de la promenade, on accède facilement à l’atrium public où convergent les différents accès aux espaces d’exposition du rez-de-chaussée (musée lapidaire, archéologie, etc.). Au premier étage, dessins, aquarelles sont réunis et c’est au 2ème étage que le visiteur peut admirer les collections de peinture.
Maurice Boutterin a confiance dans le succès de son projet : sur la façade du futur Musée des Beaux-Arts de la place Granvelle, il inscrit même la date d’inauguration imaginaire du monument… l’année 1961.

Le projet est très bien accueilli par la presse locale et soutenu par les conservateurs des musées Henri Michel et Adolphe Chudant car il permet d’assurer pour les collections « une présentation conforme à l’esthétique moderne » et qu’il offre une solution pour le stockage « très longtemps différé, des œuvres en réserve ».
Qui plus est, le souvenir des dégâts qu’ont provoqués les inondations de 1910 est encore dans les esprits et à Granvelle, les collections seraient de ce point de vue plus en sécurité.

Les comités de quartier de leur côté se réjouissent de la disparition « des maisons abominables qui entourent le vieux Palais » et formulent l’espoir que le projet donne un « regain de vie à un quartier bien délaissé ».
A Granvelle, le musée serait dans leur perspective « à sa place véritablement artistique », entouré de l’école des Beaux-Arts, de l’école de musique, de la Bibliothèque, à proximité du théâtre, du square Castan et de la porte Noire.
Un marché couvert place de la Révolution

Le pendant de ce transfert des collections des musées à Granvelle est la construction d’un nouveau marché couvert prévu par Maurice Boutterin sur l’emplacement de l’actuel musée des Beaux-Arts.
Le bâtiment mesurerait 85 mètres et 49 mètres de large, empiétant sur la place de la Révolution : avec une surface utile de 4861 mètres carrés, les 600 vendeurs de denrées alimentaires dénombrés en 1914 auraient ainsi un espace commercial dédié. Il est prévu de remodeler entièrement la façade principale.

Ce projet représente un coût très important. Lors de sa séance du 24 février 1913, le Conseil Municipal estime le montant total des dépenses à 1 086 214 francs (395 960 francs pour le marché couvert et 1 086 274 francs pour le transfert des musées). A cela s’ajoutent les prémices du conflit mondial qui permettent d’expliquer en partie l’abandon de cette proposition ambitieuse. Si le projet avait abouti, la physionomie de la Boucle en aurait été profondément modifiée…

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