« A la loupe » (2023)
Saint-Ferjeux et sa basilique : 1 500 ans d’histoire
Dressée au centre de l’ancien hameau de Saint-Ferjeux, la basilique dessinée par l’architecte Alfred Ducat suscite l’étonnement et la curiosité par sa monumentalité et son riche décor néo-roman. Quant au quartier de Saint-Ferjeux, aujourd’hui noyé dans la densité urbaine bisontine, il conserve, pour ses habitants, une allure de village. Documenter l’imposant édifice permet de raconter par la même occasion l’histoire de ce village dont la naissance et le développement sont intimement liés au culte des saints Ferréol et Ferjeux.
Le culte des deux saints et la fondation de l’église
Depuis le IVe siècle, les saints Ferréol et Ferjeux occupent une place centrale dans l’histoire religieuse bisontine, puisqu’ils sont considérés comme les évangélisateurs et les protecteurs de la ville. Ils sont vénérés à ce titre du Moyen Âge au XIXe siècle.
En l’an 180, Ferréol et Ferjeux sont respectivement prêtre et diacre. La tradition veut que l’évêque Irénée de Lyon leur ait confié la mission d’apporter la religion chrétienne à Vesontio, capitale de la Séquanie.
Après avoir prêché quelques années à Besançon, les deux frères auraient finalement été dénoncés et emprisonnés en 212. L’une de leurs hagiographies raconte qu’après leur décapitation, ils portent leur tête jusqu’à une grotte où des fidèles leur élèvent un tombeau.

Située le long de la voie antique menant à Chalon et Lyon, la crypte des deux saints a été fondée au milieu d’une nécropole documentée dès le XVIIe siècle par des découvertes fortuites de sarcophages antiques autour de l’église.
Le culte de ces deux martyrs aurait débuté à la découverte de leur tombeau lors d’une partie de chasse, le 5 septembre 370. L’évêque Aignan lance alors l’édification d’un lieu de culte conservant leurs corps. L’évêque choisit même l’église qu’il vient de fonder comme lieu de sépulture, ce qui est également le choix de son successeur Sylvestre (mort vers 592-595, dont l’épitaphe subsiste dans la crypte de la basilique).
Dans les textes relatifs à l’histoire de la ville, les deux saints sont régulièrement mentionnés comme les protecteurs de la cité. En 1575, grâce à leur intercession, les Bisontins repoussent une attaque de Protestants décidés à convertir la ville de Besançon au culte réformé.
Autour de 1047, l'archevêque Hugues II transporte les restes des deux saints à la cathédrale Saint-Jean. Il ne laisse dans l’église que des reliques des deux frères, des fragments de leurs corps, et confie aux Bénédictins de la rue Saint-Vincent (actuelle Mégevand) la tâche de prendre soin du sanctuaire.
L’église reste jusqu’au XIXe siècle un édifice modeste régulièrement entretenu. Au milieu du XVIIIe siècle, la grotte naturelle qui sert de crypte est réaménagée et reçoit un voûtement.
En 1882, l’abbé Rossignot décrit l’église en ces termes : « C’est une vaste chambre carrée sans aucun caractère architectural : la lanterne de fer-blanc qui lui sert de clocher la distingue seule d’un entrepôt ou un magasin ».
Le quartier
Autour de cette église, un village se développe progressivement dès l’époque médiévale. À la période moderne, Saint-Ferjeux n’est constitué que de quelques maisons (22 en 1688) groupées au milieu d’un territoire où domine l’économie agro-pastorale. Le hameau fait partie de la banlieue bisontine qui s’étend par-delà les remparts. Délimitée par des bornes, la banlieue occupe quelques 10 000 hectares placés sous l’autorité communale.
Implanté à l’ouest de la Boucle, le village occupe une position privilégiée, sur la route venant de Dole, à l’entrée de la ville. Cette situation géographique en fait également un lieu exposé lors des passages de troupes et des guerres. Ainsi, au XVIIe siècle, Saint-Ferjeux subit de lourdes pertes pendant la guerre de Dix Ans (1634-1644), puisque l’église et le village sont incendiés et ne sont reconstruits qu'en 1657, avec l’aide des moines de Saint-Vincent.
Au XVIIIe siècle, la situation du quartier s’améliore. De riches Bisontins font du village un lieu de villégiature estivale et réalisent des dons importants aux Bénédictins qui peuvent embellir l’église et construire un collège. Dans le cours du XIXe siècle, la bourgade poursuit ses activités agricoles et développe parallèlement l’horticulture et le maraîchage.
L’ouverture à Besançon du premier cimetière commun au « Champ Bruley », qui déplait fortement à la population en raison de conditions d’inhumation insatisfaisantes, participe au développement du cimetière de Saint-Ferjeux. De nombreux Bisontins demandent en effet à y être enterrés. Le cimetière paroissial originel s’élevait devant l’église, mais il est une première fois étendu au nord dès le début du XIXe siècle avant d’être encore agrandi au cours du siècle. Parmi les tombes célèbres, figurent notamment celles de Pierre-Adrien Pâris (1745-1819), de Charles Weiss (1779-1866) et d’Auguste Castan (1833-1892).

L’ancien quartier-village resserre ses liens avec Besançon au début du XXe siècle, notamment grâce à l’arrivée du tram, en 1900.
Après la Première Guerre mondiale, le maire radical-socialiste Charles Siffert décide de prendre en main la crise du logement qui sévit à Besançon. Il construit à partir de 1927 la cité-jardin Jean Jaurès le long de la rue de Dole, qui compte 85 logements, puis la cité Rosemont à partir de 1929. Un urbanisme presque continu relie enfin Saint-Ferjeux à la vieille ville.
La construction de la nouvelle église

Le développement de Saint-Ferjeux au XIXe siècle rend l’ancienne église tout à fait inadaptée : elle est considérée comme trop petite et trop vétuste. L’archevêque Césaire Mathieu, qui a placé Besançon sous la protection de Ferréol et Ferjeux pendant la guerre de 1870, décide alors la reconstruction du sanctuaire et souhaite en faire un important lieu de pèlerinage. Ce sont ses successeurs qui y parviennent au terme de travaux colossaux, avec la consécration de l’église presque achevée en 1925. Elle est élevée au rang de basilique mineure par le pape en 1912. Il s’agit d’un titre honorifique qui donne préséance à cette église sur les autres du diocèse.
L’architecte du nouvel édifice est un Bisontin, Alfred Ducat (1827-1898). Fervent catholique, il offre ses plans à titre gratuit en 1882. Son projet définitif pour l’église date de 1884. Il a le temps de voir la fin des travaux de gros œuvre de l’église à sa mort, survenue en 1898.

Pour cette église, le style néo-roman est privilégié. À la mode en cette fin de XIXe siècle, il paraît indiqué pour cette basilique dévolue à la vénération de saints particulièrement anciens. En effet, l’art roman est vu à cette époque comme l’une des premières expressions achevées de l’art chrétien. Avec ses arcs en plein cintre et ses formes robustes, il paraît le plus à même d’exprimer la simplicité et l’authenticité des croyances chrétiennes.
Les Archives municipales de Besançon conservent un important fond de dessins de la basilique réalisés par Alfred Ducat et ses assistants. Ils témoignent de son sens du détail et de sa quête de la perfection. Un riche ensemble de photographies documentent également l’avancement de ce long chantier.
Un ensemble artistique de qualité
Après l’achèvement du gros œuvre, la commande d’œuvres d’art dignes du nouvel édifice va occuper les curés de Saint-Ferjeux.
Les peintures de la nef sont réalisées par plusieurs artistes, certains célèbres en leur temps, comme Henri Rapin (1873-1939) ou René-Xavier Prinet (1861-1946). D’autres sont honorés d’une gloire plus locale, comme Louis Baille (1860-1956), né et mort à Besançon, auteur d’un grand nombre de peintures à sujet religieux.
Mais les plus belles œuvres conservées dans l’église sont dues au sculpteur bisontin Just Becquet (1829-1907) dont le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie conserve un important ensemble de sculptures.
Parmi toutes les œuvres que Becquet livra pour Saint-Ferjeux, plusieurs ont retenu l’attention de la critique de l’époque et des visiteurs. Le Saint Sébastien, qui émeut Charles Baudelaire au salon de 1859, le Christ au tombeau émacié et terrible, qui effraye la critique, et un énigmatique Vieil étudiant en terre cuite, probable portait de François Rude, comptent parmi les chefs-d’œuvre de l’artiste. Becquet a légué purement et simplement plusieurs d'entre eux, sans avoir reçu de commande préalable.
Il reçoit en revanche la commande des sculptures de la façade figurant le Christ, les évangélistes, la vierge Marie et les saints Ferréol et Ferjeux, ensemble qu’il sculpte entre 1898 et 1904 environ avec l’aide du Bisontin Georges Laëthier (1875-1955).
La Direction Patrimoine Historique a réalisé un inventaire détaillé des objets mobiliers conservés dans l’église. Celui-ci a été versé sur Mémoire vive en 2022.
Kassandra Portillo Saltos et Nicolas Boffy
Direction du Patrimoine Historique, Besançon Ville d’art et d’histoire
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