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  « A la loupe » (2020)

Il y a 60 ans : décembre 1960 à travers les photographies de Bernard Faille pour l'Est républicain (3ème partie)

11) SIGNE DES TEMPS QUI CHANGENT : progrès technique et librairie.

Louis Cêtre devant la trieuse, qui effectue son travail « à la cadence d'une mitrailleuse ».
À droite : la tabulatrice. À gauche : la perforatrice, de type ICT 40 colonnes.
La librairie Cêtre, Grande rue.

L'un des piliers du milieu de la librairie à Besançon fut Louis Cêtre (1913-1985). À son crédit, le journal peut écrire que :

« Pour la première fois en Europe, un libraire bisontin& lance une expérience unique dans le commerce de détail » (ER du 22/12). Louis Cêtre est décrit comme un « statisticien-né », un « homme d'ordre que les problèmes de rationalisation du travail passionnent ».

Pour mieux gérer le réapprovisionnement il s'empare donc de ce merveilleux outil : la mécanographie, et se met à employer les cartes perforées, jusque-là réservé aux usines. Des cartes perforées, car en 1960 un ordinateur ressemble à cela !

Résultat : Louis Cêtre est « très content des premiers résultats obtenus, il insiste sur deux avantages primordiaux : l'amélioration du service rendu, ainsi que la rapidité et la précision des renseignements obtenus ».

12) VIE ARTISTIQUE ET CULTURELLE.

Jean Grévy, admirateur « sans réserve » des Chinois, « sur le plan artistique évidemment ».
Jean Heitman, sous les toits de son atelier au 14, Grand rue, entouré de tableaux aux « fonds caractéristiques. »
MM. Beaufrand, Balin, Chevalier, Defrasne, Me Py « commentant la très belle et intéressante exposition Louis Pergaud à Palente ».

L'actualité culturelle est celle d'événements d'envergure locale, même si des artistes célèbres passent par le Théâtre par exemple.

Sont mis en avant des acteurs culturels du cru, comme la chorale universitaire, qui : « Six mois après sa naissance& pourrait déjà faire les beaux soirs des organisateurs de galas » (ER du 27/12). Ou les apprentis-comédiens qui profitent du fait que « M. René Huvet, ex-répétiteur à la Comédie française, entretient la flamme classique au cours dramatique de l'A.F.C.C. » (ER du 13/12).

Deux artistes ont l'honneur du journal : Jean Heitman qui, « Exposant à domicile& présente à ses visiteurs une peinture de plus en plus personnelle » (ER du 7/12) et Jean Grévy qui en « Disciple de l'art chinois& reste avant tout le peintre de Besançon& en noir et blanc » (ER du 13/12).

Jean Grévy présente une exposition « extrêmement dépouillée, presque sévère » Cependant « maints détails, une petite fontaine caractéristique des anciennes cours bisontines, un pan de toit, un escalier, donnent à cette exposition le charme familier des choses que l'on aime ».

Quant à Jean Heitman, il propose « une exposition trihebdomadaire dans le cadre de son atelier ». Le peintre « semble avoir trouvé sa voie » dans des tableaux « où les formes sont devinées sans être altérées [et] ont incontestablement une personnalité et une vigueur qui leurs sont très particulières ».

A l'occasion du 50ème anniversaire du prix Goncourt attribué à Louis Pergaud, il « revit par l'image à Palente& en attendant une manifestation plus officielle au Palais Granvelle » (ER du 12/12).

13) SIGNE DES TEMPS QUI NE CHANGENT GUÈRE (MAIS UN PEU QUAND MÊME).

Mois de décembre oblige, B. Faille est sur tous les fronts festifs : arbres de Noël organisés par les entreprises, l'Hôpital ou la mairie, fêtes dans les écoles pour les plus jeunes, distributions de colis aux plus âgés, galas et concerts, etc.

13-1) QUELS CADEAUX LES ENFANTS SOUHAITENT-ILS ? RÉPONSE GRÂCE AU  « GALLUP ».

Michel, 10 ans, déjà en 6ème. Pour Noël il veut un microscope qui lui servira « pour toute sa vie » et « satisfera sa passion de la botanique ».

Pour pouvoir répondre à la question (cruciale) « Quels cadeaux les petits Bisontins voudraient-ils trouver dans leurs souliers au matin de Noël ? » (ER du 10/12), « pas d'autre moyen& que de s'informer auprès des enfants eux-mêmes. Puisque la mode est au gallup, au sondage d'opinion, il ne nous était plus permis de nous en tenir aux hypothèses ».

Oui, en décembre 1960 le sondage d'opinion est une nouveauté, en France du moins, mais pas aux États-Unis, où The Gallup Organization a été fondée en 1958 ; elle y est surtout connue pour les différents sondages qu'elle mène.

Inévitablement « Les réponses que nous avons obtenues prouvent au moins une chose : qu'en effet nous aurions eu bien tort de nous fier à nos souvenirs et que les enfants de 1960 ont des goûts fort différents de ceux que pouvaient avoir leurs parents ».

Les soldats de plomb n'ont donc plus la cote. Les panoplies non plus. Pour « être des dames » les petites filles veulent un parapluie, « signe magique qui fera d'elles des grandes personnes ».

Et puis « la vogue du football ne semble pas s'estomper si l'on en juge par le nombre de chaussures à crampons que les garçons de Besançon ont commandées pour Noël » ; peut-être ces enfants sont-ils sensibles à la naissance, dans l'hémisphère sud (en Argentine), quelques semaines auparavant (le 30 octobre), d'un génie qui réjouira des générations de footballeurs-rêveurs cramponnés à leurs songes faits de dribbles, de lobs et de coups-francs.

Conclusion en 1960 : « Pour les Garçons, des trains et des chaussures de foot La traditionnelle poupée et des parapluies pour les filles ».

Annie, 7 ans, a commandé une chaise pour sa poupée, trois livres (elle ne sait pas encore lesquels) et un peignoir.
Gérard, 11 ans (au cours supérieur 2ème année) veut un « petit » train électrique.
Christiane, 8 ans, « si impressionnée que ses petites camarades doivent répondre pour elle ». Elle aussi veut un parapluie.
Gilbert « rêvait au coin d'un trottoir. Il aimerait avoir un ballon de foot, « sa seule passion ».
Six « costauds de la Bousbotte ». Cinq d'entre eux ne rêvent que de ballons ou de chaussures de foot. Daniel préfère des patins à roulettes.
Gilbert (à gauche), voudrait un train électrique ; Jean-Pierre « se contente d’un imperméable ».

13-2) EN FIN D'ANNÉE : FESTIVITÉS - CONVIVIALITÉ - SOLIDARITÉ.

Une envolée poétique journalistique saisit le lecteur la veille de Noël (« Lueurs de Noël, place Saint-Pierre », ER du 24/12). Il est 5h du soir et...

... « La lumière du jour a laissé encore quelques détails dans le paysage environnant : dans le brouillard qui tombe, on distingue encore les toits des environs et la silhouette lointaine du fort Chaudanne. Au pied de l'église& l'étroite esplanade est déjà noire. Immobile, le sapin enguirlandé de lumière a laissé sur la pellicule mille étoiles ».

En décembre 1960 la question ne se pose pas de savoir si l'on fera ou non le sacrifice d'un sapin géant « abattu avant-hier par des bûcherons de la ville. » (ER du 22/12). 

Il est 5h du soir, moment poétique sur pellicule. Un sapin. Des guirlandes. Nuit tombante.

Enfants du pavillon Bersot II au pied de la crèche de Noël.
Distribution de colis « contenant des denrées alimentaires et aussi des gâteries » aux assistés du Bureau d'aide sociale.
Éloquence des sourires des anciennes élèves de l'institution Notre-Dame.

Bernard Faille ne s'économise pas pour couvrir les événements festifs offerts par les écoles, les entreprises, les services publics. On peut donc être certain que « Acteurs ou spectateurs, les enfants se sont bien amusés autour des arbres de Noël. » (ER du 21/12).

D'abord, il faut le dire, il n'y a pas que le Père Noël : « Petits et grands, tous les Lorrains ont écouté avec attention les exhortations du bon Saint Nicolas » (ER du 13/12). Ensuite, il y a les crèches et les chorales, par exemple au Temple (« Crèche vivante et chants d'ensemble au temple protestant », ER du 27/12).

Du côté des adultes certaines sont au diapason de ce moment de fêtes : « Sourire et amitié : les Anciennes de Notre-Dame ont passé ensemble une agréable journée » (ER du 13/12). De même que certains, c'est-à-dire les pompiers (« Au Palais de la bière : banquet de 130 couverts en l'honneur de la Sainte-Barbe des pompiers », ER du 5/12).

Les défavorisés ne sont pas oubliés, avec les « Mille colis pour les assistés du Bureau d'aide sociale » (ER du 22/12), ainsi que des repas comprenant notamment « du poulet, offert par la Maison Dupont, et des fruits, dons de la Maison Rondot. ». Qui plus est, « M. Fritz offre, au Rex, une séance récréative. » On pense aussi aux enfants hospitalisés : « Les petits malades de l'Hôpital ont essayé leurs nouveaux jouets au pied de l'arbre » (ER du 27/12). 

« Authentique » saint Nicolas flanqué du père Fouettard, aidé par deux petits Lorrains en costume.
Crèche et chants au Temple.
La capture du loup fêtée par les élèves de l'école maternelle Helvétie.
Arbre de Noël de la Police, où « l'arrivée du Père Noël monté sur son âne fut le grand moment de l'après-midi ».
Au Palais de la bière : banquet de 130 couverts en l'honneur de la Sainte-Barbe des pompiers.
1ère visite du Père Noël : pour les enfants des footballeurs du RCFC, alors que ces derniers « ne méritaient pas d'être au tableau d'honneur ».

Aujourd'hui, décembre 2020...

... Le majestueux sapin érigé place Saint-Pierre en cette année 1960, qui avait connu bien des saisons là-haut, dans les ancestrales forêts oricampiennes des portes du Haut-Doubs, est depuis longtemps tombé, défait des guirlandes dont on l'avait affublé, orphelin de ses aiguilles, tronc et branches, sciés, réduits en copeaux, sciure et finalement poussière, sévère prix à payer pour satisfaire les cœurs de Bisontins fermement accrochés au bonheur de connaître un nouveau moment de Noël porteur d'optimisme et de concorde, moment symbole d'une période de progrès déjà paradoxaux, et d'une modernité qui interroge nos esprits d'aujourd'hui.

OUI, HÉLAS...

... La rue du Capitole n'est jamais réapparue... Le RCFC est mort en 1987... Le bureau de poste d'Audeux aussi est mort, non remplacé... Les Docks franc-comtois et les Économiques bisontins ont disparu... LIP aussi... La librairie Cêtre n'a pas résisté... Brochet frères et la fruitière d'Echevannes ne sont plus, de même que la Compagnie des compteurs... La Générale Or cesse son activité à la fin de la décennie 1970... La papeterie de Deluz a fermé en 1977... ll y a moins de femmes accouchant d'un 11ème enfant... La Porte taillée en saindoux n'est plus qu'un souvenir.

MAIS, HEUREUSEMENT...

... La rue Proudhon s'est allongée (Pierre-Joseph égale presque Jean-Baptiste-Victor)... Le RCFC détient le record du nombre de saisons consécutives en D2 (41)... Les Docks et les Économiques n'ont fait que fusionner... Idem pour la fruitière d'Echevannes (avec les fruitières d'Ornans, 1996)... Idem pour Brochet frères (fondu dans la Générale alimentaire en 1963) et pour la Compagnie des compteurs (en 1972)... À l'usine Générale Or ont succédé de plus beaux bâtiments... Louis Pergaud figure plus que jamais au Panthéon des lettres comtoises... Les prématurés ont encore plus de chances de survivre... La population de Deluz est restée stable, celle d'Audeux a presque quadruplé... Il y a toujours une école à Déservillers... L'écailleur du Pont Battant a eu des descendants en matière de fast-food.

ET EN PLUS...

... Il y a toujours des médaillés du travail ou des retraités à honorer, et toujours maints faits politiques et syndicaux à traiter, ainsi que toujours beaucoup de sportifs amateurs à célébrer... Il y toujours des accidents automobiles (mais peu en « tub »), des incendies, des obsèques émouvants... Il y a toujours beaucoup (étonnamment d'après certains) de coiffeurs à Besançon... La fin d'année est toujours l'occasion de festivités et moment de solidarité... Il y a toujours des enfants souhaitant se voir offrir des ballons de foot ou des poupées.

Ludovic CARREZ

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