« A la loupe » (2018)
Guerre aux démolisseurs ! Victor Hugo et la défense du patrimoine
En 2018, à la faveur du dixième anniversaire de l’inscription des fortifications de Vauban sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, la Maison Victor Hugo et le musée du Temps présentent le combat de Victor Hugo pour la protection du patrimoine.
L’émergence d’une conscience patrimoniale

La prise de conscience patrimoniale et la volonté de conserver la mémoire des monuments et de l’histoire se révèlent au XVIIIe siècle et trouvent leur apogée au siècle suivant avec le courant romantique.
Les découvertes de sites et d’objets antiques dès la Renaissance développent le goût classique pour l’Antiquité.
![Une fontaine dans des ruines médiévales, Hubert Robert, [1765]](/images/2e58ff02-b39f-4467-99b1-a8057e624511_2_column.jpg)
L’archéologie et l’histoire de l’art deviennent une science au XVIIIe siècle, grâce à des érudits comme Bernard de Mautfaucon, le comte de Caylus ou Johann Joachim Winckelmann. C’est en Angleterre que naît le goût pour le Moyen Âge et l’architecture gothique à l’initiative d’aristocrates lettrés comme Horace Walpole, dont Le château d’Otrante publié en 1764 initie la mode des romans noirs. Il faut attendre Le Génie du christianisme, que Chateaubriand publie en 1802, pour que le style gothique soit vraiment remis au goût du jour en France.
L'image à la loupe : Une fontaine dans des ruines médiévales
La Révolution française : du vandalisme révolutionnaire aux prémices de la conservation

Si les destructions de monuments ont toujours existé, l’époque révolutionnaire est marquée par une volonté idéologique de supprimer massivement les symboles de l’Ancien Régime. En réaction à cette « politique de la table rase » se développe une démarche nouvelle de sélection et de conservation des monuments. La Révolution française cherche à détruire les symboles visibles de la féodalité. En 1794, l’abbé Grégoire s’insurge contre les destructions révolutionnaires abusives et sauvages, qu’il qualifie de « vandalisme ».
En 1791, Alexandre Lenoir est chargé de gérer le dépôt d’œuvres d’art et d’une partie des sculptures et tombeaux martyrisés et sauvés des destructions. Situé au couvent des Petits-Augustins à Paris, il ouvre au public en 1795 sous le nom de musée des Monuments français.
Victor Hugo et la défense du patrimoine

Victor Hugo publie, à partir de l’âge de 21 ans, trois écrits phares sur la défense du patrimoine, se positionnant ainsi très jeune comme pionnier de cette lutte. La Bande noire (1823), Guerre aux démolisseurs ! (1825-1832) et le roman Notre-Dame de Paris (1831) sont de véritables cris de colère contre les destructions patrimoniales, en même temps que des cris d’amour pour l’architecture nationale et les monuments du Moyen Âge. Victor Hugo s’y indigne contre toutes les violences faites au patrimoine.
Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France

L’indignation contre les destructions révolutionnaires, l’intérêt croissant pour le patrimoine médiéval et le goût romantique naissant pour l’esthétique de la ruine encouragent les écrivains et les artistes à s’engager en faveur de la défense des monuments du Moyen Âge.
Des encyclopédies illustrées sont publiées, sur le modèle des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France à l’initiative du baron Taylor, Charles Nodier et Alphonse de Cailleux dès 1820. Cette édition luxueuse, illustrée par le procédé nouveau de la lithographie, décrit les monuments antiques et médiévaux des régions françaises, et lance un cri d’alarme pour la sauvegarde des témoignages de l’histoire nationale en danger.
L'image à la loupe : Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France

Victor Hugo publie en 1831 la première édition de son roman Notre-Dame de Paris. Victor Hugo décrit la cathédrale avec précision, faisant preuve de connaissances impressionnantes en matière d’architecture gothique. Car au-delà de l’histoire romanesque, c’est la cathédrale, véritable héroïne de pierre, qui est au centre du roman. Hugo déplore les dégradations de celle qui est comme un livre de pierre sur lequel s’inscrit l’histoire d’un peuple. Dès sa parution, le roman connaît un grand succès, jamais démenti depuis.
La lithographie dessinée par Martin Disteli intitulée "Hugoth" (contraction de Hugo-gothique) est le premier portrait charge de Victor Hugo, en 1833. Le caricaturiste se moque du goût de l'écrivain pour le Moyen Âge : "Epoque tant étroite Où Victor hugo seul porte la tête droite, Et crève le plafond de son crâne géant".
Mlle Henry (1808-1879) peint, en 1832, Quasimodo sauvant la Esmeralda des mains de ses bourreaux (en ligne sur le site de Paris Musées collections), et inaugure le succès iconographique du roman de Victor Hugo.
La conservation du patrimoine : une cause publique et mondiale

Avec l’ode La Bande noire (1823-1824) puis le pamphlet Guerre aux démolisseurs ! (1825-1832), Victor Hugo dénonce le vandalisme patrimonial et réclame une loi pour la protection des monuments. L’État prendra le relais en constituant une législation adaptée. Jusque-là portée par des initiatives individuelles, la conservation du patrimoine devient une cause publique.
En s’insurgeant contre le sac du Palais d’Été à Pékin en 1860, Victor Hugo contribue à poser les fondations des futurs préceptes du patrimoine mondial. Aujourd’hui, le fanatisme et la guerre continuent à détruire des trésors dans de nombreux pays. En plus de ses missions, l’UNESCO a inscrits 54 biens sur la Liste du patrimoine mondial en péril, afin de maintenir une vigilance accrue au sujet de leur préservation.
L'image à la loupe : Victor Hugo d’après un dessin de Prosper Mérimée
Actualité artistique du combat hugolien

Des œuvres d’artistes actuels apportent un éclairage contemporain aux positions hugoliennes en faveur de la défense du patrimoine et de ce qu’il a pu devenir aujourd’hui. La leçon matérielle des choses cohabite avec une approche plus sociale et subjective ou poétique.
Christophe Weber croise histoire des révolutions et défense du patrimoine : pour son œuvre Sans titre (Ramponeau), l'artiste a prélevé un pavé à l'endroit où s'est tenue la dernière barricade de la Commune de Paris en 1871, rue Ramponeau. Le prenant pour matrice il a moulé ce pavé pour en créer d'autres en papier mâché avec des ouvrages datés antérieurement et simultanément à la Commune.
À Paris pendant la Commune, Victor Hugo dénonce avec tristesse les violences et les destructions commises par la guerre fratricide entre Versaillais et Communards.
Sauver les monuments, c’est prendre la défense de l’histoire, du temps et des peuples, contre l’oubli.
Les autres A la loupe sur Victor Hugo :
- Le Petit Comtois (la mort de Victor Hugo)
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